En difficulté il y a deux semaines au Canada, l’enfant prodige de Maranello compte sur son rendez-vous à domicile et sur les caractéristiques d’un tracé à priori favorable à sa Ferrari pour rebondir et s’offrir un premier frisson en 2026.
L’annonce a pris de vitesse un paddock encore en mode peaufinage à l’approche du sixième rendez-vous de l’année. Alors que personne n’attendait le moindre mouvement avant cet été et la fameuse « silly season », Ferrari a surpris tout son monde en annonçant mercredi matin le renouvèlement pour plusieurs saisons de l’enfant prodige de Maranello Charles Leclerc. Déjà passé par la case reconduction en janvier 2024, le Monégasque a donc de nouveau prolongé son bail en rouge à l’avant-veille des premiers essais en terre monégasque, consolidant ainsi une union démarrée en 2019 un an seulement après son accession au plus haut niveau du sport automobile chez Sauber. Débarrassé de tout éventuel questionnement autour de son avenir à plus ou moins long terme chez Ferrari, l’enfant du rocher s’est présenté l’esprit libéré à l’occasion de la désormais traditionnelle conférence de presse réservée aux médias monégasques. Sa reconduction avec la mythique marque au cheval cabré, le retour en forme de son illustre coéquipier Lewis Hamilton, le statut de favori de la SF-26 dans les rues sinueuses et particulièrement traitresses de la Principauté : « Il predestinato » a balayé pendant plus de vingt-minutes toute l’actualité chaude d’un Grand Prix de Monaco qu’il espère de nouveau faire sien en 2026.
Ferrari a annoncé hier le renouvellement de votre contrat avec la Scuderia pour plusieurs saisons. Prolonger l’aventure à Maranello s’apparente-t-il à un choix du cœur ?
Je suis extrêmement heureux de cette prolongation (sourire. Ndlr). Ce renouvellement s’inscrit dans la continuité des nombreuses années où l’on a construit le team ensemble. J’ai toujours rêvé d’évoluer au sein de cette équipe et ce depuis tout jeune. Aujourd’hui, ce rêve continue. Clairement, l’objectif est de devenir champion du monde avec la Scuderia pendant ce contrat-là. C’est un choix du cœur, mais cela s’explique aussi par le fait que je connaisse le team depuis maintenant dix ans. Je crois au projet et la présence de Fred (Vasseur) dans l’équipe a également beaucoup pesé dans ma décision. On a une relation très spéciale. Je crois en lui, je crois en l’équipe donc pour toutes ces raisons, la réponse était assez claire.
Vous arrivez à Monaco en tant que troisième homme de ce championnat 2026 fort de vos 75 points au compteur. Quel bilan dressez-vous de ces cinq premières courses ?
Je dirais qu’il est un peu mitigé. D’un côté, il y a le positif avec cette bonne dynamique de l’équipe et les nombreuses innovations apportées sur la voiture. C’est forcement bon signe pour les courses à venir et pour le reste de la saison. Mais de l’autre côté, Mercedes reste encore assez loin devant pour l’instant. Ils ont un gros avantage que l’on doit réussir à combler le plus rapidement possible. Maintenant, la dynamique au sein du team est positive. On a fourni un bon travail avec la voiture dans l’ensemble. Certes, il en manque un petit peu au niveau moteur, mais j’espère que l’ADUO (dispositif permettant aux motoristes en difficulté de combler leur retard grâce à des opportunités supplémentaires de développement. Ndlr) sera en notre faveur et que l’on puisse faire des pas en avant que ne feront pas nos adversaires puisqu’ils possèdent le meilleur moteur en ce moment.
Vous avez connu un week-end particulièrement difficile il y a deux semaines au Canada. Avez-vous eu le temps d’analyser et de comprendre ce qui n’a pas bien fonctionné pour vous sur l’île Notre-Dame ?
Montréal a, effectivement, été un week-end compliqué pour moi. Mais historiquement, il l’a toujours été. Il y a des circuits comme le Canada, la Chine ou encore l’Australie où mon style de pilotage rend les choses plus difficiles. Oui, on a pu analyser en profondeur ce week-end-là. Chaque année, je comprends de nouvelles choses et je sais parfaitement dans quel domaine je dois travailler. Maintenant, il est difficile de totalement aller à l’encontre de son style de pilotage naturel. Le Canada est l’une des meilleures pistes de Lewis (Hamilton. Ndlr) donc forcément le contraste peut paraître un peu plus grand que je ne l’aurais souhaité. Cela montre, toutefois, que je dois plus que jamais travailler à fond surtout sur des circuits où j’ai un petit peu plus de mal que d’autres. Mais une quatrième place, ce n’est pas un résultat aussi désastreux que mes paroles ont pu le laisser penser à la fin du week-end. C’est justement dans ces moments-là qu’il est important de scorer le maximum de points. Au Canada, on l’a relativement bien fait. Cependant, il va falloir travailler davantage encore pour essayer de réduire l’écart avec Lewis sur ce genre de piste.
« Le fait de brider un peu les moteurs peut nous aider puisque l’on a un petit déficit à ce niveau-là par rapport à Mercedes. Ici, ils ne pourront pas utiliser toute leur puissance en ligne droite, ce qui est plutôt positif pour nous »
Les changements opérés par la Fédération Internationale de l’Automobile (interdiction de l’aérodynamique active, réduction de la puissance moteur. Ndlr) avant ce Grand Prix de Monaco semble clairement jouer en faveur de Ferrari. Pensez-vous pouvoir en tirer profit ce week-end et ainsi briser l’hégémonie des Mercedes en 2026 ?
Plus que les changements effectués par la FIA, je pense que c’est davantage une question de règlements. On a une approche très agressive en termes de châssis. On a un très bon châssis, mais on sait aussi que l’on manque un peu de puissance moteur. On doit, évidemment, travailler sur ce point-là. Maintenant sur un circuit comme Monaco, le groupe propulseur est un petit peu moins important qu’ailleurs. Cela signifie donc que l’on pourrait avoir un week-end excitant. Mais dans le même temps, nos adversaires sont très forts. Non seulement ils ont un excellent moteur, mais ils possèdent aussi un excellent châssis. Pour cette raison, je pense que ce sera beaucoup plus serré que certains ne peuvent le penser. De nombreuses personnes font de Ferrari le grand favori du week-end. Je ne crois pas que ce sera le cas. Toutefois, si je devais choisir un circuit sur lequel notre voiture aurait les meilleures chances de gagner, je choisirais forcément Monaco. J’espère simplement que l’on pourra saisir cette opportunité.
L’absence de l’aérodynamique active sur les autos et de longues lignes droites favorisant la puissance des moteurs Mercedes sur ce circuit si singulier peut-elle rabattre les cartes et changer les forces en présence ?
Pour être honnête, je ne crois pas que cela changera énormément de choses. L’aérodynamique active, on l’aurait peut-être utilisée dans la ligne droite de départ, mais c’est tout. Cela n’aurait pas fait une immense différence parce que de toute façon on n’arrive pas à des vitesses folles sur ce circuit. Le fait de brider un peu les moteurs peut en revanche nous aider puisque l’on a un petit déficit à ce niveau-là par rapport à Mercedes. Ici, ils ne pourront pas utiliser toute leur puissance en ligne droite, ce qui est plutôt positif pour nous. Cela nous aidera sûrement un petit peu. Mais de là à penser que cela favorisera une redistribution des cartes, je n’y crois pas. Si on voit des teams mieux performer ce week-end, je pense que ce sera davantage lié à la qualité de leur châssis qu’à ce changement de réglementation. Cela signifiera simplement que leur châssis est meilleur que leur moteur.
Vous restez sur deux podiums consécutifs à Monaco dont une victoire en 2024. Dans quelle mesure ces bons résultats depuis deux ans vous aident-ils à aborder ce Grand Prix à domicile dans la sérénité et la confiance ?
En Formule 1, il est important de commencer n’importe quel week-end en confiance. À Monaco, la vitesse a toujours été là. Forcément, cela me rend confiant. Maintenant, les voitures de 2026 sont extrêmement différentes de celles que l’on a pu piloter les saisons précédentes. On aura beaucoup moins d’adhérence ce week-end. Cela va glisser beaucoup plus donc il va falloir voir comment on s’adapte en tant que team, mais aussi personnellement en tant que pilote. C’est un tracé que j’aime beaucoup. Ces dernières années, cela s’est plutôt bien passé pour moi donc j’espère vraiment capitaliser dessus et concrétiser avec une victoire comme en 2024.
« Je ne pense pas que l’écart de l’an dernier soit une normalité. Lewis (Hamilton) demeure un pilote d’exception. À aucun moment, je n’ai douté que nous serions proches l’un de l’autre cette saison »
Courir dans les rues étriquées de Monaco est à la fois grisant, mais aussi très stressant pour un pilote. De quelle manière gérez-vous la pression supplémentaire qui vous entoure lors de ce rendez-vous forcément particulier pour vous ?
Il y a, évidemment, des éléments stressants lorsque l’on roule ici, mais ils sont davantage liés aux caractéristiques intrinsèques du circuit. Monaco est un tracé vraiment exigeant pour les pilotes. On sait tous qu’ici on ne peut pas commettre la moindre erreur parce que les rails sont très proches. C’est d’ailleurs ce qui rend le pilotage à Monaco si excitant pour les pilotes. Quand vous êtes en qualification, vous prenez tous les risques possibles pour réussir le meilleur job qu’il soit. La pression est donc à son maximum, mais elle n’est pas dû au fait que j’évolue à domicile. Je ressens plus de l’excitation et de la joie à l’idée de rouler à la maison. Monaco est un petit pays, mais son Grand Prix reste à mes yeux le plus iconique du monde. C’est un honneur pour moi de représenter Monaco à domicile. Je vais donc essayer de l’emporter de nouveau ici comme il y a deux ans.
L’an dernier, vous avez inscrit 86 points de plus que votre coéquipier à Maranello, Lewis Hamilton. Comment expliquez-vous le très net resserrement des performances entre vous et lui en 2026 ?
Pour commencer, Lewis est extrêmement talentueux . Depuis qu’il a débuté en F1, il a réalisé bien plus de choses que moi dans ce sport. C’est un pilote exceptionnel. La saison dernière n’a, il est vrai, pas été facile pour lui. À de nombreuses reprises, Lewis n’a pas eu de chance. Mais cette année avec ces nouvelles autos, il s’est tout de suite senti à l’aise. De mon côté, j’ai eu un petit peu plus de travail notamment à Shanghai et à Montréal. À Melbourne ce n’était pas si mal, mais les choses ont été beaucoup plus compliquées pour moi en Chine et au Canada. Je dois simplement travailler. Mais pour revenir à votre question, je ne pense pas que l’écart de l’an dernier soit une normalité. Lewis demeure un pilote d’exception. À aucun moment, je n’ai douté que nous serions proches l’un de l’autre cette saison. Tant mieux quelque part, car c’est bien aussi pour l’équipe. Le fait que l’on se pousse tous les deux pour débloquer davantage de performance constitue une excellente chose.
Kimi Antonelli réalise un début de saison tonitruant au volant de sa Mercedes. Avez-vous été surpris par les performances du jeune pilote italien depuis l’ouverture du championnat à Melbourne ?
On s’attendait tous à ce que Mercedes soit particulièrement forte cette saison. Kimi a, effectivement, réalisé un super début de saison. De son côté, George (Russell. Ndlr) n’a pas eu beaucoup de chance au Canada. L’écart au championnat est peut-être un peu plus important qu’il ne devrait l’être, mais il n’en demeure pas moins que Kimi s’est montré très impressionnant jusque-là. Pour sa deuxième saison en Formule 1, il est juste brillant. J’ai suivi Kimi pendant quasiment toute sa carrière et j’ai toujours dit qu’il serait exceptionnel une fois arrivé en Formule 1. Il a beaucoup appris et emmagasiné lors de son année de rookie. Maintenant, je ne m’attendais pas forcément à ce qu’il réussisse un step aussi grand entre sa première et sa deuxième saison. C’est beau à voir, car comme je l’évoquais lors des premières courses de l’année il a encore cette insouciance en lui. C’est normal quelque part puisqu’il n’en est qu’à sa deuxième saison en F1, mais quand on est jeune on a cette espèce de détachement qui entre en ligne de compte. Cela se voit. C’est fluide. Il donne absolument tout sans la moindre arrière-pensée. C’est, je pense, ce qui fait sa force surtout sur une saison comme celle-là où il faut penser à tellement de choses et s’adapter à plein de nouveautés. Il a, tout simplement, fait un boulot exceptionnel.
Propos recueillis par Andrea Noviello
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