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Interview

Lando Norris : « Je suis beaucoup plus détendu aujourd’hui que je ne l’étais à Melbourne » (2/2)

Lando Norris stand Monaco 2019 Lando Norris reconnaît ne pas avoir pris beaucoup de plaisir lors de son premier Grand Prix en F1.
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Révélation de ce début de saison 2019, Lando Norris revient sur ses premiers mois dans la peau d’un pilote McLaren et explique les raisons de son acclimatation express à la Formule 1.

En seulement deux mois, il a déjà levé tous les doutes que sa saison mitigée en Formule 2 (il termine deuxième du championnat avec une seule victoire au compteur Ndlr) avait fait peser sur lui. Oui, Lando Norris est bien crack. Un phénomène. Un virtuose du volant appelé à réaliser de grandes choses au plus haut niveau du sport automobile. Modèle de précocité (il est devenu à 19 ans et 124 jours le plus jeune pilote britannique de l’histoire à débuter en Grand Prix Ndlr), le petit prodige de l’écurie McLaren a pourtant réussi à bluffer le paddock par son calme olympien et par son opportunisme de vieux briscard. S’il n’a logiquement pas échappé à de très excusables erreurs de jeunesse depuis le coup d’envoi de la saison à Melbourne, le gamin de Bristol s’est néanmoins distingué en réalisant quelques jolis coups d’éclat (Bahreïn, Azerbaïdjan) au volant d’une MCL34 infiniment plus compétitive que sa devancière. D’emblée au niveau de son bien plus expérimenté coéquipier Carlos Sainz, la pépite de Woking n’affiche, pour autant, pas le moindre excès de triomphalisme. Conscient d’avoir laissé filer plusieurs opportunités d’inscrire des points supplémentaires lors de cette entame de championnat, le lauréat 2017 de la Formule 3 européenne préfère, au contraire, se focaliser sur les nombreux progrès qu’il lui reste encore à accomplir avant d’espérer un jour tutoyer les étoiles de la discipline. Rencontré à Monaco en marge d’une course qui le verra échouer aux portes du top dix (il termine onzième après avoir longtemps occupé le dixième rang Ndlr), le benjamin de la grille a accepté de se confier sur ses premiers mois réussis en catégorie reine. Globalement satisfait de ses débuts chez McLaren, le nouveau grand espoir du sport automobile britannique assure avoir désormais digéré le poids de son passage en Formule 1.

Après votre belle sixième place de Bahreïn, le team principal de McLaren Zak Brown a déclaré que cette performance allait vous d’offrir de la tranquillité pour la suite du championnat. Êtes-vous d’accord avec lui ?

Complètement. Si on compare à l’Australie, je suis beaucoup plus détendu aujourd’hui que je ne l’étais à Melbourne. Ce Grand Prix d’ouverture fut très certainement le pire week-end qu’il m’ait été donné de vivre nerveusement parlant de toute ma carrière. J’étais anxieux, je ne savais ni à quoi m’attendre ni quel serait notre réel niveau de performance durant le week-end. À partir de Bahreïn, j’ai en revanche nettement plus profité du moment. J’étais davantage décontracté, je savais ce qui allait se passer et je n’avais plus qu’à réussir tout mieux que la première fois. J’ai pris beaucoup plus de plaisir à partir de la deuxième épreuve de la saison, car je savais désormais ce que je devais faire et à quel moment.

Sous-entendez-vous par là que vous n’avez pris aucun plaisir lors de votre premier week-end en F1 dans les rues de l’Albert Park ?

Je n’ai, en effet, pas vraiment eu le temps d’apprécier mon week-end en Australie. Cela n’a rien à voir avec le fait qu’il s’agissait de mon premier Grand Prix en Formule 1. Je pensais simplement à beaucoup trop de choses à la fois. Je me suis, également, mis une pression énorme sur les épaules et tout ça a eu un impact négatif sur moi. Les choses sont heureusement rentrées dans l’ordre désormais. Je sais où je dois me trouver, ce que je dois faire. Tout est plus normal. Cela me permet d’être beaucoup plus tranquille aujourd’hui et de savourer l’instant présent.

« Je ne me voyais pas aller répéter à tout le monde qu’il (Stroll) avait détruit ma course et qu’il devait être sanctionné pour ça. À un moment donné, cela m’arrivera aussi. Je commettrai une faute et ce jour-là je n’ai pas envie que l’on me traite d’idiot parce que j’ai tenu de tels propos sur Lance » 

Le 12 mai dernier en Espagne, vous avez dû renoncer à la suite d’un accrochage évitable avec la Racing Point de Lance Stroll. Si la faute était clairement imputable au pilote canadien, vous ne lui avez pourtant adressé aucun reproche après la course. Pour quelle raison ?

J’ai, bien évidemment, mon opinion sur l’incident. Je pense, comme vous, que c’était de sa faute. Mais je ne vais pas aller le crier sur les toits pour autant. Je ne veux pas passer pour le héros de l’histoire. Je ne souhaite pas non plus faire passer Lance pour un idiot, car je sais très bien qu’à un moment ou autre de ma carrière je risque de commettre la même erreur que lui. En fin de compte, j’ignore à quoi il pouvait penser sur le moment. Je ne sais pas s’il m’a vu ou si au contraire il ne m’a pas vu. Peut-être pensait-il que j’avais emprunté l’échappatoire ? Peut-être estimait-il être dans son bon droit ? Peut-être enfin m’imaginait-il plus loin de lui sur l’action en question ? Je n’en ai pas la moindre idée donc je ne veux pas parler de quelque chose dont j’ignore tout.

N’avez-vous pas pris le temps d’en reparler tous les deux à froid ?

Non. On en a effectivement discuté devant les commissaires de la FIA après la course, mais c’est tout. Sur le moment il m’a dit : « j’étais devant donc j’avais parfaitement le droit de prendre ce virage. Tu aurais dû lâcher. » Je ne suis, évidemment, pas du tout d’accord avec lui (rires) ! Ma voiture était à l’intérieur et il m’a simplement tourné dessus. Il ne m’a, de surcroît, laissé aucune place. Il n’y aurait pas eu d’accrochage s’il m’avait laissé ne serait-ce qu’une moitié de voiture d’espace supplémentaire. C’est ce que tous les pilotes doivent normalement respecter en course automobile. Je lui en ai bien entendu fait le reproche, mais je ne me voyais pas aller répéter à tout le monde qu’il avait détruit ma course et qu’il devait être sanctionné pour ça. À un moment donné, cela m’arrivera aussi. Je commettrai une faute et ce jour-là je n’ai pas envie que l’on me traite d’idiot parce que j’ai tenu de tels propos sur Lance (Stroll).

Malgré sa riche histoire en F1 et son impressionnant palmarès dans la discipline (12 titres pilotes, 8 couronnes constructeurs Ndlr), l’écurie McLaren souffre depuis plusieurs saisons maintenant. À trop accumuler les désillusions, le personnel de l’équipe n’en a-t-il pas perdu sa motivation ?

La motivation de l’équipe est bien meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’a été dans un passé récent. L’environnement a, aussi, gagné en qualité. Des changements ont été effectués à l’intérieur du team. Certains membres du personnel sont partis, d’autres sont arrivés. Les choses sont globalement plus claires désormais. Chacun sait avec qui il doit parler de tel ou tel domaine, à qui il doit s’adresser en cas de problème etc… Dans l’ensemble, le fonctionnement de l’écurie s’est amélioré. Ce n’est peut-être pas encore parfait, mais on avance. Bien sûr, le team ne sera vraiment content que le jour où il parviendra à regagner des courses. On n’y est pas encore, mais comparé aux années précédentes on a clairement progressé en tant qu’équipe.

« On est plus rapide, plus compétitif, on réalise un meilleur travail donc automatiquement les gens sont plus heureux. Les membres de l’équipe ont une idée plus précise désormais de ce qui doit être amélioré. Les gens ont également retrouvé la foi et la confiance dans notre projet par rapport à ces dernières années » 

Le bon début de saison de McLaren a-t-il contribué à rendre le moral des troupes meilleur ?

On est plus rapide, plus compétitif, on réalise un meilleur travail donc automatiquement les gens sont plus heureux. Les membres de l’équipe ont une idée plus précise désormais de ce qui doit être amélioré. Les gens ont également retrouvé la foi et la confiance dans notre projet par rapport à ces dernières années. L’ensemble de l’environnement McLaren se comporte mieux aujourd’hui. J’espère seulement que l’on va continuer à s’améliorer, car il reste de très nombreux domaines dans lesquels nous pouvons et nous devons progresser.

Outre l’apprentissage d’une nouvelle catégorie et d’une nouvelle équipe, vous avez également dû apprendre à collaborer avec un nouvel équipier cette année en la personne de Carlos Sainz. Quels rapports entretenez-vous avec lui ?

On s’entend vraiment bien. Après, c’est seulement mon premier coéquipier en Formule 1. Carlos évolue en catégorie reine depuis trois ou quatre ans maintenant. Il a donc probablement eu le temps de travailler avec davantage de personnes différentes que moi. Pour en revenir à notre relation, je ne vois pas d’aspects négatifs. On travaille bien ensemble, on rigole, on se parle ce que tous les coéquipiers ne font pas forcément. Quelques fois, il essaye de m’aider et d’autres fois c’est moi qui tente de lui apporter mon aide. Notre collaboration est excellente. Jusqu’ici, je suis très heureux d’avoir Carlos comme coéquipier. Il a pas mal d’expérience maintenant, donc j’ai beaucoup à apprendre de lui. Cohabiter avec un pilote de cette qualité représente également une excellente chose pour moi. Il me rend la vie difficile en piste et cela me permet de progresser encore plus vite.

McLaren a essuyé un véritable camouflet dernièrement en échouant à se qualifier aux mythiques 500 Miles d’Indianapolis malgré la présence d’un pilote du calibre de Fernando Alonso. L’écurie britannique n’aurait-elle pas péché par excès d’arrogance en s’engageant aux États-Unis sans le soutien d’une équipe chevronnée ?

Honnêtement, je ne pense pas qu’ils aient sous-estimé la difficulté de la tâche qui les attendait à Indianapolis. L’équipe engagée sur ce programme n’a strictement rien à voir avec celle de la Formule 1. Ce sont deux entités totalement différentes. Ils n’ont pas réussi à se qualifier, mais je ne crois pas pour autant qu’ils aient péché par excès de confiance. Ils n’étaient simplement pas suffisamment préparés pour relever ce défi. Des erreurs ont très certainement été commises, mais je ne connais pas réellement les tenants et les aboutissants de cette histoire. Ils ont échoué, c’est un fait. Maintenant, je suis convaincu qu’ils retourneront à Indianapolis tôt ou tard. J’espère qu’ils parviendront alors à réaliser un meilleur travail.

Propos recueillis par Andrea Noviello

Lando Norris cockpit Monaco 2019

Lando Norris dit partager une très bonne relation de travail avec son coéquipier Carlos Sainz.

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