Troisième épreuve la plus disputée de toute l’histoire de la Formule 1, le Grand Prix de Monaco a accueilli le week-end dernier la catégorie reine du sport automobile pour la soixante-douzième fois depuis 1950. L’occasion pour Warm-up F1 de revenir sur huit éditions gravées à tout jamais autour du chiffre six.
1956 : Moss le crime de lèse-majesté

Vainqueur de son tout premier Grand Prix en Formule 1 l’année précédente à Silverstone (Grande-Bretagne. Ndlr) avec l’approbation plus ou moins prononcée de son illustre équipier Juan-Manuel Fangio, Sterling Moss a depuis quitté Mercedes pour rejoindre les rangs de Maserati et s’affranchir ainsi de l’ombre écrasante de celui qui domine la discipline de toute sa classe depuis plusieurs saisons. Trahi par sa mécanique en ouverture du championnat à Buenos Aires (Argentine. Ndlr), le Britannique arrive à Monaco dans la peau d’outsider lui qui s’est déjà imposé dans les rues de la Principauté six ans plus tôt au volant d’une F3. Battu d’un souffle par « El Maestro » dans l’exercice des qualifications, le pilote Maserati va prendre une revanche éclatante sur son ancien voisin de garage en course à la faveur, notamment, d’un envol de rêve. Parvenu à griller la politesse à Fangio à l’extinction des feux, Moss se détache rapidement en tête au point de compter plus de vingt secondes de marge sur son dauphin Peter Collins au terme du 20ème passage. Régulièrement une seconde plus rapide au tour que ses adversaires, le « champion sans couronne » semble se diriger vers un succès tranquille quand Ferrari tente un coup de poker stratégique peu après la mi-course en ordonnant à Collins de céder son baquet à Fangio (pratique alors autorisée par la réglementation. Ndlr). Victime d’une sortie de piste éliminatoire dans le virage du Bureau de Tabac au 40ème tour, l’Argentin reprend le volant le couteau entre les dents et se lance dans une folle remontée vers le haut du classement. En vain. Imperturbable jusqu’au bout malgré le retour tonitruant de son ex-coéquipier dans les dernières boucles, Moss triomphe avec 6,1 secondes d’avance sur Fangio et décroche une deuxième victoire en F1 qui ne souffre, cette fois, d’aucune contestation possible.
1966 : Stewart l’élève dépasse le maître

Arrivé en Formule 1 un an plus tôt, Jackie Stewart s’est déjà taillé une belle réputation au moment où le championnat du monde 1966 s’ouvre à Monaco. Rapide, fiable et fin metteur au point, l’Écossais est pourtant logiquement éclipsé à l’applaudimètre par celui qui atomise tous ses adversaires depuis plusieurs saisons et qui vient surtout de coiffer une seconde couronne mondiale en F1, Jim Clark. Encore trop tendre pour se confronter directement à la star de chez Lotus, le pilote BRM n’en reste pas moins déterminé à jouer son va-tout à fond sur un tracé où « Gentleman Jim » ne s’est encore jamais imposé en catégorie reine. Troisième des qualifications à quatre dixièmes du poleman Clark, Stewart profite de l’envol cauchemardesque de son compatriote pour gagner une place dès le départ et se placer dans les roues du leader John Surtees. Accroché aux basques de la Ferrari pendant 14 tours, celui qui arbore fièrement sur son casque le célèbre tartan écossais hérite de la tête au passage suivant après l’abandon du pilote de la Scuderia sur bris de transmission. Appliqué et particulièrement fluide dans son pilotage, « l’écossais volant » s’échappe irrémédiablement sans que personne ne parvienne à soutenir son rythme effréné. Pas même Clark. Remonté en quatrième position après s’être retrouvé dernier au départ, le pilote Lotus abandonne sur rupture de suspension dans le 60ème tour, ouvrant ainsi une voie royale au deuxième succès en carrière de son compatriote. Le champion du monde en titre définitivement hors-jeu, Stewart peut sereinement gérer sa fin de course et achever son éclatante démonstration monégasque avec plus de 40 secondes de marge sur son dauphin Lorenzo Bandini. Premier vainqueur de la saison 1966, le natif de Milton réussit l’exploit de triompher dans les rues de la Principauté dès sa deuxième saison au plus haut niveau, une performance loin d’être anodine pour celui qui n’est encore qu’un élève (très) doué derrière le maître incontesté de la F1.
1976 : Lauda au presque parfait

Sacré champion du monde pour la première fois en 1975, Niki Lauda entend bien conserver son titre lors d’une saison 1976 qu’il attaque sur les chapeaux de roue. Vainqueur à trois reprises en cinq courses (il a également signé deux secondes places à Long Beach et en Espagne. Ndlr), l’Autrichien se présente à Monaco dans la peau d’un confortable leader du championnat puisqu’il compte déjà plus du double de points (39) que son coéquipier chez Ferrari Clay Regazzoni (15). Souverain dans les rues de la Principauté la saison précédente, « l’ordinateur » va encore étaler sa supériorité au volant d’une 312 T2 désormais dépourvue de sa fameuse cheminée (les prises d’air proéminentes ont été interdites depuis l’Espagne pour des raisons de sécurité. Ndlr). Dominateur dans l’exercice du tour chronométré où il colle deux dixièmes à son coéquipier Regazzoni et quatre dixièmes pleins au premier pilote non Ferrari Ronnie Peterson (March. Ndlr), le natif de Vienne se montre encore plus intraitable le dimanche en course puisque seuls ses deux voisins de podium, Jody Scheckter (Tyrrell. Ndlr) et Patrick Depailler (Tyrrell. Ndlr), vont terminer dans le même tour que lui. Crédité d’un envol impeccable, le leader de la Scuderia se bâtit très vite une confortable marge de cinq secondes sur son dauphin Ronnie Peterson. Tout en contrôle sur un circuit où sa science de pilotage fait merveille, le champion du monde en titre réalise un véritable numéro de virtuose dans lequel dix pilotes sur les treize à l’arrivée vont se faire prendre au moins un tour. Leader de bout en bout, Lauda empoche au terme d’une époustouflante démonstration de force un onzième succès en catégorie reine qui le propulse très loin (33 points d’écart. Ndlr) devant ses deux principaux rivaux au championnat Clay Regazzoni et James Hunt.
1986 : Prost l’état de grâce

Enfin titré en 1985 après avoir vu la couronne mondiale lui échapper à trois reprises consécutives entre 1982 et 1984, Alain Prost aborde l’exercice 1986 libéré d’un énorme poids. En pleine confiance au sein d’une entité McLaren qu’il a totalement façonné autour de lui, le Français débute le championnat par un abandon au Brésil, un podium en Espagne et une victoire à Saint-Marin. Désigné comme le grand favori à Monaco lui qui reste sur deux succès d’affilé en terre princière, le pilote McLaren va confirmer lors de cette édition 1986 qu’il est bien l’homme fort du moment. Tout de suite à l’aise au volant d’une MP4/2C parfaitement adaptée à son style de pilotage coulé, le natif de Lorette signe samedi une pole position autoritaire en collant quatre dixièmes à son dauphin Nigel Mansell. Son dimanche sera encore plus réjouissant. Auteur d’un envol parfait à l’extinction des feux, le champion du monde en titre se détache rapidement de la Lotus d’Ayrton Senna, affichant une maîtrise et une supériorité que personne ne sera en mesure de lui contester. Totalement en osmose avec sa machine sur un tracé de Monaco où ses trajectoires millimétrées font merveille, « le Professeur » donne une véritable leçon à ses adversaires, n’abandonnant (de manière provisoire) le leadership qu’à l’occasion de son changement de pneus au 35ème passage. Logiquement repassé en tête après l’arrêt de Senna, le Tricolore remet alors un coup d’accélérateur histoire de définitivement décourager une opposition laminée. Vainqueur avec plus de 25 secondes d’avance sur son dauphin et coéquipier Keke Rosberg, Prost décroche une troisième victoire (d’affilée de surcroît) dans les rues de la Principauté qui font désormais de lui l’égal de Sterling Moss et de Jackie Stewart.
Andrea Noviello
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