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Interview

Felipe Massa : « Je ne crois pas que la F1 ait vraiment changé »

Felipe Massa interview Monaco 2016 Felipe Massa veut rester positif sur l'avenir de la F1 malgré les nombreuses critiques des fans.
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Figure respectée du paddock, Felipe Massa attaque en 2016 sa troisième saison consécutive chez Williams. Toujours aussi passionné par une discipline à laquelle il aura consacré ses treize dernières années, le pilote aux 234 Grand Prix a accepté de se livrer en exclusivité pour Warm-up F1 sur tous les sujets chauds du moment. De la crise actuelle de la Formule 1, en passant par la réglementation de 2017, les nouveaux tracés ou encore le futur du Brésil en F1 : le vice-champion du monde 2008 se confie longuement sur son sport.

Felipe, vous occupez en arrivant à Monaco la septième place du championnat pilotes avec 36 points. Quel bilan dressez-vous des cinq premiers Grand Prix de la saison ?

Il est assez satisfaisant. On a réussi de belles courses jusque-là et on est parvenu à inscrire des points lors de chaque manche depuis l’entame de la saison. Le dernier Grand Prix en Espagne fut très certainement le plus négatif de tous. Je me suis élancé loin sur la grille en raison d’un mauvais timing en qualification. Heureusement, on a pu inverser la tendance le dimanche et terminer à la 8ème place. Globalement, notre première partie de saison est plutôt bonne si l’on se réfère à nos performances de l’an dernier. Seul Red Bull nous est passé devant cette année. Aujourd’hui, ils sont clairement plus compétitifs que nous.

Vous comptez avant cette sixième manche neuf points d’avance sur votre coéquipier Valtteri Bottas. Si votre confrontation est assez équilibrée en course, vous souffrez en revanche davantage dans l’exercice des qualifications. Comment l’expliquez-vous ?

Valtteri est effectivement très performant en qualification. De mon côté, j’ai réalisé une très bonne séance à Melbourne. Il a depuis pris un léger ascendant dans cet exercice, mais je l’ai aussi souvent dominé cette année en course. Au final, on est très proches tous les deux. Une saine émulation au sein d’un team représente toujours quelque chose de positif. Les deux pilotes se mettent mutuellement en difficulté et se poussent à devenir meilleur l’un l’autre. On a prouvé que l’on était capable de ramener de bons résultats à l’équipe. C’est extrêmement positif. Je vais désormais chercher à m’améliorer en qualification afin de partir plus souvent devant lui tout en conservant ce qui fait ma force en course.

Vous avez eu la chance de cohabiter avec beaucoup de grands pilotes depuis le début de votre carrière en Formule 1. Quels rapports entretenez-vous aujourd’hui avec Bottas ? Un coéquipier vous a-t-il marqué plus qu’un autre ?

On travaille extrêmement bien ensemble avec Valtteri. On ramène de bons résultats à l’équipe, on échange constamment sur ce que l’on peut améliorer. Le team n’a clairement pas à se plaindre de sa paire de pilotes. Avoir une bonne relation de travail avec son coéquipier est primordial en Formule 1. Valtteri a prouvé son talent ces dernières années, mais c’est aussi un gros bosseur. En ce qui concerne mes précédents équipiers, je n’ai jamais vraiment eu de problèmes avec l’un d’entre eux si ce n’est avec Alonso chez Ferrari. Mais cela s’explique plus par la politique générale de l’écurie. J’ai beaucoup progressé aux côtés de Schumacher ou de Fernando. On apprend toujours d’un coéquipier et c’est encore le cas aujourd’hui avec Valtteri.

« J’ignore si ces changements seront positifs ou négatifs pour la F1. Avec davantage d’appui sur les voitures, on peut éventuellement s’attendre à moins de dépassements en 2017 et à des courses moins passionnantes pour les spectateurs. J’espère que ce ne sera pas le cas »

La Formule 1 est beaucoup critiquée depuis plusieurs saisons. Les griefs portent avant tout sur ces moteurs hybrides, les pneus Pirelli ou encore les dépassements facilités par le DRS. Vous qui avez connu les superbes monoplaces du début des années 2000, n’êtes-vous pas frustré par cette F1 moderne ?

Si on excepte bien évidemment le bruit, je ne crois pas que la F1 ait vraiment changé depuis mon arrivée en 2002. Le son des moteurs n’a pas évolué dans la bonne direction, c’est indéniable. Mais quand j’ai débarqué en F1, une équipe (Ferrari) dominait déjà largement les autres. Elle remportait quasiment toutes les courses à une certaine période comme c’est le cas aujourd’hui avec Mercedes. La domination fait parti de l’ADN de la F1. Les fans ne veulent évidemment pas voir une équipe dominer. Ils aimeraient au contraire que plusieurs écuries soient en mesure de lutter pour la victoire et le championnat. Quand Verstappen a remporté la course à Barcelone, tout le monde était content parce qu’un autre pilote que les Mercedes gagnait enfin. Si cela pouvait se produire plus souvent ce ne serait que mieux en termes de spectacle, mais la F1 a toujours été ainsi.

On parle beaucoup en ce moment de la future réglementation de 2017. Les monoplaces devraient gagner entre trois et cinq secondes au tour l’an prochain grâce notamment à davantage d’appui aérodynamique. La catégorie reine ne se fourvoie-t-elle pas en misant tout sur l’aérodynamique au lieu d’essayer de mettre plus en valeur le pilote ?

C’est très possible en effet. Mais je préfère attendre de voir ce qu’il se passera l’an prochain avant d’émettre un vrai jugement. Aujourd’hui, j’ignore si ces changements seront positifs ou négatifs pour la F1. Avec davantage d’appui sur les voitures, on peut éventuellement s’attendre à moins de dépassements en 2017 et à des courses moins passionnantes pour les spectateurs. J’espère que ce ne sera pas le cas. Il faut savoir rester optimiste et ne pas toujours tout voir en noir. Je n’ai malheureusement pas une grande influence dans la prise de décisions. Les personnes qui gèrent la F1 doivent faire en sorte de ne pas se tromper dans leur choix afin que la discipline continue de grandir et d’offrir de belles courses à l’avenir.

Vous disputez en 2016 votre quatorzième saison au plus haut niveau du sport automobile. Quel est votre plus beau souvenir en F1 jusqu’à aujourd’hui ? Et à l’inverse quel est le plus difficile ?

Mon plus beau reste indubitablement ma saison 2008 et la lutte pour le titre mondial. J’ai également connu d’autres années incroyables comme en 2006 pour mes débuts chez Ferrari aux côtés de Michael (Schumacher). Ma première victoire en Turquie garde bien évidemment une valeur particulière à mes yeux. La victoire au Brésil, à la maison et devant ma famille a également été très spéciale pour moi. Ce fut de beaux moments, des succès importants dans ma carrière. J’ai eu l’opportunité de piloter de superbes voitures, mais la F2008 a sans doute été la meilleure de toutes. Après, j’ai également connu des périodes plus difficiles. 2011 a été très compliqué tout autant pour Ferrari que pour moi. Il y a également eu l’accident de Budapest en 2009 où j’ai eu beaucoup de chance en fin de compte. Enfin, les consignes à Hockenheim l’année suivante ont également été très durs à vivre.

« Je m’ennuie un peu sur ces nouveaux circuits. Je préfère largement les anciens tracés comme Spa ou Suzuka. De vraies pistes. Monaco est également un circuit différent. Il est spécial, difficile et ne pardonne rien aux pilotes. Je ne suis clairement pas un grand fan des nouveaux tracés »

Les nouveaux circuits subissent régulièrement les critiques des passionnés pour leur manque de challenge et leur trop grande permissivité. Prenez-vous réellement du plaisir à rouler sur ces tracés fades et sans âmes ?

C’est vrai que je m’ennuie un peu sur ces nouveaux circuits. Je préfère largement les anciens tracés comme Spa ou Suzuka. De vraies pistes. Monaco est également un circuit différent. Il est spécial, difficile et ne pardonne rien aux pilotes. Je ne suis clairement pas un grand fan des nouveaux tracés. Seul Austin me plaît bien. Il est dommageable que l’on ait aseptisé les anciens circuits même si la sécurité prédomine avant tout. Les nouvelles pistes sont nettement plus sûres en cas d’accident. C’est important.

La F1 n’est-elle justement pas allée trop loin en massacrant tous ses tracés ? L’Indycar aux États-Unis prouve qu’il est toujours possible de rouler sur des circuits d’hommes …

Non, je ne le crois pas. J’aimerais bien évidemment courir sur des tracés comme Barber ou Watkins Glen, mais nous avons nous aussi de beaux circuits en F1. On ne peut pas passer notre temps à nous plaindre et dire que les tracés des autres championnats sont meilleurs que les nôtres. Je ne le pense pas personnellement. La sécurité a beaucoup progressé ces dernières années grâce aux aménagements effectués sur l’ensemble des circuits du calendrier. Ce n’est pas un facteur négligeable. On ne souhaite plus assister à des accidents graves comme il y a pu en avoir dans le passé. Les risques font partie intégrante du métier, mais si on peut évoluer sur des circuits plus sûrs c’en est que mieux.

Le Brésil a été une nation très importante dans l’histoire de la F1. Entre Fittipaldi, Piquet ou encore Senna, le pays a compté de très grands champions. Dans quelle mesure Senna a-t-il été prépondérant dans votre désir d’entamer une carrière en sport automobile ?

Senna a bien entendu beaucoup influé sur mon choix de me tourner vers l’univers de la course. Ayrton a été un modèle pour tous les jeunes pilotes brésiliens, mais aussi pour l’ensemble du pays. Fittipaldi et Piquet ont également eu une grande influence à leur période, mais je crois que Senna est celui qui a été le plus important pour tous ceux qui ont ensuite voulu faire carrière en sport automobile. Aujourd’hui, le Brésil va mal et les prochains pilotes n’auront pas la tâche facile. La situation économique est très compliquée et cela ne va clairement pas les aider. J’espère juste que les choses s’amélioreront dans le futur, car dans le cas contraire il existe de vraies chances de ne plus avoir de pilotes brésiliens en Formule 1 dans les prochaines années.

Propos recueillis par Andrea Noviello

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