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Interview

Stéphane Vrignaud : « Hamilton va continuer à maîtriser son sujet » (1/2)

Stéphane Vrignaud ne voit pas Rosberg inverser la tendance dans ce championnat.
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Observateur avisé du monde des Grand Prix depuis de longues années, Stéphane Vrignaud décortique toutes les épreuves du championnat du monde fort de sa plume acérée et de son regard décalé.  Jamais le dernier à dérider un univers parfois trop politiquement correct, le chroniqueur du blog Bonus Track revient sur le 4ème Grand Prix de la saison disputé à Bahreïn. De la nouvelle domination de Lewis Hamilton aux difficultés récurrentes de Nico Rosberg en passant par la résurrection de Räikkönen et de l’enlisement de Renault : le journaliste d’Eurosport tire en exclusivité pour Warm-up F1 tous les enseignements à retenir de ce week-end de Sakhir.

Stéphane, Lewis Hamilton remporte à Sakhir une nouvelle victoire incontestable. Le Britannique évolue sur une autre planète en ce début de saison 2015 …

Oui, c’est incontestable. J’avais déjà prédit autour de moi qu’il ferait certainement une meilleure saison que l’an dernier. Je n’attends pas spécialement le Grand Prix d’Espagne, mais plutôt le Grand Prix de Monaco qui va être, selon moi, un vrai tournant. Si Hamilton gagne là où Rosberg a triomphé ces deux dernières années, il mettra vraiment un coup au moral de Rosberg qui n’est déjà pas au mieux. Hamilton sait qu’un championnat se construit sur la durée. Il pourra se permettre de lâcher du lest à un moment. Après Monaco on en sera à la sixième course et je pense qu’il pourra estimer sage d’assurer un podium au Canada où l’an dernier il avait été contraint à l’abandon. Et ce pour une raison simple : il sait qu’il possède la meilleure voiture en terme de châssis, de comportement, d’aérodynamique et de puissance moteur. Mais sur certains Grand Prix, d’autres facteurs prépondérants comme les pneus, on l’a vu en Malaisie, ou les freins, comme au Canada, pourront entrer en ligne de compte. On s’est rendu compte qu’il n’était pas très bien lors des deux ou trois derniers tours à Bahreïn. Il saura temporiser au moment opportun.

Le double champion du monde possède déjà 27 points d’avance au championnat sur son plus proche poursuivant Rosberg. S’il poursuit sur un tel rythme pour le retour de la F1 en Europe, Hamilton ne risque-t-il pas de plier le championnat dès la mi-saison ?

Je vous ramène à ce qui s’était passé l’an dernier. Lewis avait quand même enchaîné quatre victoires. Il était parti sur les mêmes bases que cette saison, sauf qu’il avait commencé par un abandon en Australie. Hamilton avait vraiment ramé pour revenir dans la partie alors que Rosberg avait fait illusion en menant le championnat jusqu’en Espagne. On a avait pensé que c’était équilibré alors qu’Hamilton dominait déjà totalement son sujet. Si vous prenez par exemple le championnat 2014 et que vous rajoutez la victoire qu’aurait certainement pu décrocher Hamilton en Australie, vous auriez déjà eu ce sentiment de domination que l’on éprouve cette année. Je crois qu’Hamilton va continuer à maîtriser son sujet surtout compte tenu de l’expérience emmagasinée l’année dernière vis-à-vis des rouages de l’équipe et du comportement de Rosberg.

« Rosberg va subir jusqu’au bout »

Nico Rosberg continue de décevoir cette année. Que ce soit en qualification ou en course il n’a jamais été en mesure de menacer Hamilton en 2015. Nico est-il déjà condamné à subir la domination de son coéquipier pendant le reste de l’année ?

Je pense que Rosberg va subir jusqu’au bout. Je ne le vois vraiment pas se remettre dans la partie en raison principalement d’une monoplace qui ne lui convient absolument pas. Lors de la dernière session de test à Montmelo, il avait déclaré : « cette voiture glisse épouvantablement du train arrière, elle survire excessivement. Cela ne me convient pas et je ne sais pas bien la régler. » C’est un problème fondamental et je suis persuadé que la voiture ne lui conviendra pas cette année. Il a une exigence en tant que pilote ou tout du moins une tendance naturelle à gicler son train arrière et à tolérer un peu plus un déficit de grip à l’avant. Ce n’est pas quelque chose qu’il aime, mais plutôt quelque chose qu’il tolère mieux qu’un train arrière glissant. Son style de pilotage fait chauffer les gommes et les mets en situation d’usure excessive d’où un manque flagrant de performance et de traction. Ce simple fait là va le limiter toute la saison.

Doit-on imputer les difficultés actuelles de Rosberg à une monoplace plus en adéquation avec le style agressif d’Hamilton ?

Clairement. Il suffit pour s’en convaincre de se remémorer des propos tenus par Hamilton il y a deux saisons à Monaco. Hamilton déclarait ceci : « quand je freine je ne sais pas exactement où la voiture va s’arrêter. Je suis sur la retenu, je ne peux pas me lâcher et donner tout ce que je peux. » Il avait confié que la situation s’était légèrement améliorée l’an dernier, même si on n’était pas sûr qu’il puisse battre Rosberg sur son terrain de jeu favori. Et il y a eu ce coup de Trafalgar de la part de Nico en Q3. En revanche, Hamilton a annoncé cette saison que la Mercedes « est la meilleure voiture que je n’ai jamais eu entre les mains. J’en fais ce que je veux et elle convient parfaitement à ce que j’en attends. » Lewis tolère beaucoup plus un train arrière glissant, instable et un petit peu baladeur à condition que son train avant soit très précis. Il est actuellement dans une situation idoine. Il ne peut rien espérer de mieux puisque sa Mercedes correspond parfaitement à son style de pilotage. Il va certainement surfer là-dessus pour poursuivre sur sa lancée. Si vous mettez en opposition les problèmes de feeling de Rosberg au niveau de son train arrière et la satisfaction inverse d’Hamilton, vous avez une équation que Rosberg ne peut pas résoudre. On en restera là.

La Scuderia Ferrari est clairement de retour aux affaires cette année, en témoigne la brillante performance de Kimi Räikkönen à Bahreïn. Comment expliquez-vous un tel rebond de la mythique écurie rouge dans un laps de temps aussi court ?

La qualité d’un châssis et son aérodynamique prédominent toujours sur la puissance  du moteur. Et cette année Ferrari a réussi un très bon travail dans ce domaine. Mais le facteur le plus important dans la réussite de Ferrari, ou tout du moins dans son rétablissement, reste le retour de James Allison. Il a déjà travaillé chez Ferrari de 2000 à 2004 et il parle couramment l’italien. Il a tout de suite retrouvé ses marques. Quand il est arrivé fin juillet à Maranello, le projet 2014 était presque bouclé. Il l’a un petit peu rectifié, mais la monoplace de l’an dernier n’était clairement pas sa voiture. Dans la deuxième partie de 2013, il a pu se consacrer au projet de 2015 et on voit ce que cela donne. Pat Fry est parti cet hiver donc il a vraiment eu les coudés franches. Il déroule son projet technique et il s’avère être le vrai facteur essentiel de ce renouveau.

Propos recueillis par Andrea Noviello

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