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Saga

Les circuits mythiques : Brands Hatch (2/2)

Brands Hatch Niki Lauda Parick Tambay 1982 Avec trois victoires en 1976, 1982 et 1984, Niki Lauda reste le maître incontesté de Brands Hatch.
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Implanté dans la forêt du Kent, le circuit de Brands Hatch voit le jour le 16 avril 1950 grâce à John Webb. Vallonné, impitoyable et excessivement rapide, le tracé britannique reçoit  pour la toute première fois la Formule 1 en 1964. Bien que redoutée en raison de sa sécurité précaire, la piste anglaise s’impose rapidement comme l’une des préférées des pilotes. Théâtre de Grand Prix d’anthologie, mais aussi de plusieurs accidents graves, il est définitivement banni du circus au profit de son voisin Silverstone après quatorze éditions de bons et loyaux services.

Épargné jusque-là par les catastrophes en dépit de son caractère très rapide et de son manque de dégagement, Brands Hatch subit une douloureuse piqure de rappel en 1971 à l’occasion de la World Championship Victory Race, une course hors championnat. Trois ans après son succès homérique sur ce même tracé, Siffert est victime d’un épouvantable accident dans le virage Hawthorn. D’une rare violence, le choc provoque l’embrasement immédiat de la BRM du pilote suisse qui périra asphyxié dans les flammes. D’importants travaux de modernisation sont alors entrepris par les propriétaires du tracé afin d’offrir une plus grande sécurité aux acteurs de la F1. La piste anglaise se dote de stands flambants neufs et d’une immense tribune pour le retour officiel de la catégorie reine en 1972. Profitant de l’abandon du poleman et très longtemps leader de la course Jacky Ickx, Emerson Fittipaldi signe la quatrième victoire de sa carrière sur le circuit qui l’avait vu effectuer ses grands débuts en Formule 1 deux ans plus tôt.

Devenu incontournable auprès des pilotes, Brands Hatch bénéficie également d’un attrait non négligeable aux yeux d’un public ravi d’assister à ses Grand Prix aux scénarios complètement fous. La course des champions 1973 en est le parfait exemple. Engagé au volant d’une petite Chevron-Chevy F5000, Peter Gethin dame le pion à tous ses camarades de la catégorie reine en remportant l’épreuve, devenant ainsi le premier et le dernier pilote de l’histoire à battre des F1 au volant d’une monoplace d’une catégorie inférieure. Toute aussi palpitante, l’édition 1974 réserve de nouveau un final haletant aux amoureux de sport automobile lors d’un week-end marqué par les plaintes répétées des pilotes concernant la dégradation de l’asphalte. Indéboulonnable leader depuis le début de la course, Niki Lauda perd toutes chances de succès à six tours de l’arrivée en raison d’une crevaison lente.

Une sécurité précaire

Contraint et forcer de changer de pneus dans le dernier tour, après avoir longtemps refusé de s’arrêter, l’Autrichien ne pourra jamais reprendre la piste en raison de l’envahissement de la piste par la foule. Toujours prêt à s’enflammer pour ses compatriotes, le public britannique jouera d’ailleurs un rôle prépondérant dans le repêchage de son idole James Hunt lors d’un Grand Prix 1976 remporté par le grand rival de l’Anglais, Niki Lauda. Quasiment inchangé depuis se débuts avec la F1, Brands Hatch subit plusieurs modifications de son tracé cette même année. Le virage Paddock Hill, ainsi que tout le tronçon entre Bottom et Surtees, est redessiné afin de ralentir les monoplaces dans ces courbes jugées à risques. L’allée des stands est également élargie afin de garantir un plus grand confort de travail aux équipes pendant les week-ends de course. Déjà privé d’un succès mérité en 1974, Lauda perd une autre victoire toute faite en 1978, au profit de Carlos Reutemann, en négociant mal le dépassement d’un retardataire, Bruno Giacomelli en l’occurrence, qu’il n’hésitera pas à vilipender quelques jours plus tard dans sa mythique tirade contre les pilotes italiens.

Mais l’Autrichien aura l’occasion de se rattraper en coiffant deux autres succès en 1982 et 1984, faisant de lui le pilote le plus victorieux à Brands Hatch. Entre temps Alan Jones en 1980 et Nelson Piquet en 1983 à l’occasion du Grand Prix d’Europe apposent également leur nom au palmarès de l’épreuve. Comme tous les tracés de l’époque, le circuit souffre progressivement de son manque de sécurité. Bien que les courses demeurent spectaculaires et poignantes, le paddock s’interroge sur le futur de la Formule 1 en Angleterre. Faut-il conserver Brands Hatch et son fabuleux tracé vallonné ou faut-il favoriser Silverstone et ses grandes aires de dégagements ? Le grave accident de Johnny Cecotto en 1984 lors des essais libres apporte un premier élément de réponse. Le tracé implanté dans la forêt du Kent s’accommode de moins en moins avec les performances des Formule 1 modernes et chaque sortie fait craindre le pire aux organisateurs comme aux pilotes.

La merveilleuse histoire entre la catégorie reine et Brands Hatch est sur le point de prendre fin ce qui n’empêche pas le tracé de s’offrir une fin en apothéose. Souvent placé, mais jamais gagnant, la coqueluche du public anglais Nigel Mansell débloque enfin son compteur de victoire en 1985 le jour où Alain Prost décroche la première de ses quatre couronnes mondiales. Après une alternance parfaite pendant 24 ans, la catégorie reine renonce aux paysages du Kent au soir d’un nouveau succès de Mansell et du terrible accident de Jacques Laffite lors du départ de l’édition 1986. Victime de la sortie de piste de Thierry Boutsen conjuguée à l’écart de Stefan Johansson, le pilote Ligier frappe violemment les rails de sécurité, s’occasionnant de multiples fractures du bassin et des jambes. La carrière de celui qui venait, avec 176 Grand Prix, de dépasser le nombre de participation du grand Graham Hill prend brutalement fin. Brands Hatch ne s’en remettra pas. Le plus beau joyau de la couronne est définitivement mis au ban. La F1 y perd l’un de ses derniers vrais écrins naturels.

Andrea Noviello

Brands Hatch Jacques Laffite 1986

Le terrible accident de Jacques Laffite en 1986 entérine la fin de Brands Hatch en Formule 1.

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