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Les F1 de légende

Williams FW14B : la révolutionnaire (2/2)

Williams FW14B Patrese Canada Malgré son expérience, Riccardo Patrese ne trouvera jamais le mode d'emploi de la complexe FW14B.
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Évolution de la déjà très réussie FW14, la Williams FW14B reprend les forces de sa devancière en les poussant à leur paroxysme. Boîte de vitesse semi-automatique, contrôle de traction, système antiblocage des freins et surtout suspension active font de la monoplace dessinée par Adrian Newey l’épouvantail de la saison 1992. Menée au titre mondial par un Nigel Mansell au sommet de son art, elle rafle 10 victoires, 15 pole positions et 11 meilleurs tours en course. Une véritable razzia.

Complètement dépassée par les performances ahurissantes des Williams, la concurrence (McLaren en tête) ignore pourtant que la 20ème création de l’écurie de Sir Frank est loin d’avoir révélé ce qu’elle a vraiment dans le ventre. Sceptiques quant à la fiabilité du contrôle de traction sur la durée d’une course, les ingénieurs de Renault ont en effet demandé à Patrick Head et à ses équipes de désactiver le système avant le Grand Prix. Si Patrese a été amené à l’utiliser de manière sporadique à Kyalami afin de se prémunir du retour de Senna, jamais Mansell n’aura eu à se servir de cette assistance électronique pourtant capable d’offrir un gain d’une seconde au tour. L’écart avec le Pauliste à l’arrivée (35 secondes séparent Senna de Mansell) n’en est que plus révélateur. Confortée par cette démonstration de force, Williams peut alors tranquillement dérouler le fil d’une saison qui sera tout bonnement historique pour les hommes de Sir Frank.

La FW14B étale son indécente supériorité technologique trois semaines plus tard sur le tortueux et horriblement bosselé tarmac de Mexico. Mansell rejette cette fois le premier pilote non Williams (Michael Schumacher) à neuf dixièmes de sa pole avant de conquérir le lendemain une nouvelle victoire magistrale. La concurrence est laminée. Pire, elle est même humiliée à l’occasion du troisième rendez-vous de la saison au Brésil au cours duquel le « Lion » colle 2,1 secondes à Senna dans l’exercice du tour chronométré. Le Grand Prix se résume à une nouvelle promenade de santé, Mansell et Patrese étant les seuls à terminer dans le même tour. Prolongée en Espagne et à Saint-Marin par un Mansell toujours aussi intouchable, la série victorieuse de la FW14B prend fin à Monaco où l’Anglais, victime d’une crevaison à quelques tours de l’arrivée, est battue par Senna alors qu’il se dirigeait vers un sixième succès consécutif.

Une domination implacable

Dominé par ce même Senna pour la première fois de l’année lors des qualifications du Grand Prix du Canada, Mansell y enregistre le lendemain son premier résultat blanc après être parti à la faute en tentant de se défaire du pilote McLaren. Patrese devant lui aussi renoncer en raison d’une défaillance de sa boîte de vitesse, la FW14B repart de Montréal avec zéro point au compteur. Un cas qui ne se reproduira qu’à une seule reprise à l’occasion de la manche finale du championnat en Australie. Entre temps, Mansell aligne trois autres succès à Magny-Cours, Silverstone et Hockenheim en prenant, à chaque fois, un malin plaisir à tourner en ridicule ses adversaires. Le sommet de cette outrageuse domination du tandem Mansell/Williams est d’ailleurs atteint sur les terres du Britannique en Grande-Bretagne. « Le Lion » rugit comme jamais devant son public, repoussant son plus proche rival Patrese à 1,9 secondes de sa pole position. Senna accuse, lui, 2,7 secondes de retard sur la FW14B. Un véritable affront pour celui que l’on dépeint comme le maître incontesté du tour chronométré.

L’arrivée de la nouvelle spécification du moteur Renault (RS4) en Hongrie, qui porte la puissance totale à 780 chevaux (13 000 tours minutes), coïncide pourtant avec une légère baisse de forme des Williams. Si Mansell coiffe dès Budapest sa première couronne mondiale, devenant ainsi le premier pilote de l’histoire à conquérir le titre alors qu’il reste encore cinq courses à disputer, la FW14B se montre moins souveraine en course et surtout plus sujette à des avaries techniques. Auteur de sa seule pole position de la saison sur le Hungaroring, Patrese abandonne sur rupture moteur alors que son coéquipier ne peut faire mieux que deuxième loin derrière Senna. Le même mal frappera d’ailleurs le Britannique au Japon, lui qui quelques semaines plus tôt avait déjà été trahi par sa boîte de vitesses à Monza. Une pression d’essence défaillante sur la machine de l’Italien en Australie viendra ponctuer ce lot d’infortunes mécaniques sans pour autant ternir l’impressionnant tableau de chasse de la FW14B.

En raflant les six dernières pole positions en jeu et en s’imposant à deux autres reprises, respectivement aux mains de Mansell au Portugal et de Patrese au Japon, la création du trio Patrick Head-Adrian Newey-Eghbal Hamidy parachève avec la manière son éclatante hégémonie sur le championnat 1992. Bijou de technologie, merveille d’aérodynamisme, la FW14B totalise un bilan à l’image de son impact sur la catégorie reine : colossal. Avec 10 victoires, 15 pole positions (en 16 Grand Prix), 11 meilleurs tours en course et 6 doublés, elle se classe encore aujourd’hui dans le top 20 des F1 les plus victorieuses de l’histoire. Meilleure monoplace sans doute jamais produite par l’écurie chère à Sir Frank, la FW14B a permis à Williams d’amasser 164 points, soit 65 unités de plus que son dauphin McLaren (99) ou d’avantage que tous ses autres adversaires réunis (153). L’addition est encore plus lourde chez les pilotes. À lui seul, Mansell (108) compte plus du double des points que le troisième Schumacher (53). Et dire que Williams avait prévu de remplacer la FW14B par la FW15, finalement jamais sortie, dès le mois d’août.

Andrea Noviello

Williams FW14B Mansell Hongrie

La FW14B génère un appui maximum grâce à une hauteur de caisse ajustée par l’électronique.

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