Interview

Oliver Bearman : « Hâte de voir comment la voiture va performer »

F1 Grand Prix of Monaco - Previews
Oliver Bearman compte s'appuyer sur l'expérience acquise l'an dernier pour briller cette saison à Monaco.
Facebooktwitter

De retour dans les points il y a quinze jours au Canada, le pilote britannique veut profiter du nouveau package de la Haas pour s’offrir un nouveau top dix dans les rues de Monaco.

Sa découverte du Grand Prix de Monaco l’an dernier avait quelque peu été mouvementée. Lourdement sanctionné par les commissaires pour un dépassement sous drapeau rouge lors de la seconde séance libre (il écopa de dix places de pénalité sur la grille de départ pour avoir dépassé la Williams de Carlos Sainz avant le virage de la Rascasse. Ndlr), Oliver Bearman avait vu son prometteur début de week-end monégasque tourner au vinaigre pour sa grande première sur l’épreuve princière au volant d’une Formule 1. Éliminé de manière précoce en Q1 là où son coéquipier Esteban Ocon réussissait l’exploit d’hisser sa Haas jusqu’à la Q3, le Britannique n’avait ensuite jamais pu compenser le lourd handicap de sa dernière place sur la grille, achevant son long de chemin de croix dominical à une frustrante douzième place. De retour en Principauté cette saison pour sa deuxième participation à l’épreuve la plus glamour de calendrier, le natif de Chelmsford espère cette fois connaître une fin de week-end autrement plus heureuse lui qui reste sur une dixième place arrachée à la force du poignet il y a quinze jours dans les rues de Montréal.

Malgré l’apport de plusieurs évolutions et l’obtention d’une dixième place plutôt flatteuse en course, vous avez connu un week-end assez compliqué il y a quinze jours au Canada. Les deux semaines précédant ce Grand Prix de Monaco vous ont-elles permis de mieux cerner les bénéfices de ce nouveau package ?

Absolument. La performance observée au Canada était globalement celle à laquelle on s’attendait. En soit, c’est déjà une très bonne chose. On était tous un peu effrayé après les essais libres 1, parce que l’on ne voyait pas du tout de performance avec ce nouveau package. L’autre voiture affichait même de meilleures performances malgré l’absence d’évolutions. À un moment donné, on a cru qu’on ne tirerait aucun bénéfice de ce nouveau package. Fort heureusement, on a fini par trouver l’origine du problème. Il s’agissait d’un souci de tolérance avec une autre pièce. Quand on a compris le pourquoi du comment, tout est devenu différent. La voiture fonctionnait enfin comme on l’espérait. Malheureusement pour nous, on s’est très vite retrouvé sous régime de parc fermé en raison du format sprint du week-end. On a donc dû prendre des décisions à la hâte en fonction de ce que l’on avait pu observer en FP1. Or cette première séance d’essai ne reflétait pas le vrai de niveau de performance de l’auto.

Votre week-end canadien aurait-il pu être très différent si vous aviez tout de suite réussi à mettre le doigt sur les bons réglages ?

Complètement. Si aujourd’hui on redémarrait le Grand Prix en choisissant dès les FP1 les réglages adoptés en course, l’ensemble de notre week-end aurait été bien meilleur. Maintenant, la voiture est aussi devenue plus exigeante à piloter. Elle est, notamment, très nerveuse en entrée de virage. Puis elle a tendance à sous-virer en milieu de courbe. On commence seulement à en comprendre les raisons. On a pu recueillir énormément de donnés en piste au Canada et bien évidemment le résultat est assez différent de ce que l’on peut observer en soufflerie ou en CFD (dynamique des fluides numérique. Ndlr). La clé ce week-end va être de faire rentrer la voiture dans la bonne fenêtre pour ce tracé si spécifique. Ici, on n’a pas vraiment de courbes rapides. En revanche, la piste est très bosselée comme au Canada. On comprend tout un peu mieux désormais donc j’espère que l’on parviendra à placer la voiture dans la bonne fenêtre d’exploitation d’entrée de jeu. On bénéficie, aussi, de quelques ajustements invisibles à l’œil nu, mais qui, je l’espère, devraient nous apporter un meilleur équilibre en virage car nous avions pas mal souffert dans ce domaine au Canada.

Votre premier Grand Prix de Monaco au volant d’une Formule 1 avait très vite tourné au cauchemar l’an dernier avec cette pénalité de dix places sur la grille pour un dépassement sous drapeau rouge en essais libres. Quels souvenirs gardez-vous de cette première expérience assez amère dans les rues de la Principauté ?

D’abord que j’étais plutôt rapide l’an passé. Alors bien sûr, je me suis un peu tiré une balle dans le pied en effectuant ce dépassement sous drapeau rouge lors des essais du vendredi. Cela n’a, clairement, pas aidé pour la suite du week-end d’autant que Monaco n’est pas franchement réputé pour être le circuit où il est le plus simple de dépasser (sourire. Ndlr). Mais paradoxalement, j’étais assez satisfait de la façon dont j’avais réussi à construire ma confiance au fil des séances. Courir à Monaco en tant que rookie n’est jamais une chose facile, mais j’étais plutôt heureux de la performance affichée. Je peux, aujourd’hui encore, apprendre énormément de ce que j’ai réalisé ici l’an dernier. Désormais, j’ai une référence sur laquelle m’appuyer même si la piste change beaucoup d’une année sur l’autre. J’ai vraiment hâte de voir comment la voiture va performer cette saison et à quelle place on peut se situer.

« Les voitures seront un peu plus similaires à ce que l’on a connu dans le passé. Il n’y aura pas de problème de clipping ici. On aura, au contraire, beaucoup d’énergie à notre disposition ce qui constitue, évidemment, une excellente chose » 

Les Formule 1 dans leur version 2026 génèrent 25% d’appui aérodynamique en moins par rapport à celles que vous pilotiez l’an dernier. Cette perte assez conséquente de charge aéro sur les autos peut-elle pousser les pilotes à adopter une approche différente cette année dans certaines portions du circuit ?

Je l’ignore. Il y a beaucoup de virages lents sur ce circuit. Mais d’un autre côté, les voitures sont aussi plus légères que celles de l’an dernier. Tant que je ne serai pas descendu en piste, je ne pourrai pas en être certain. On a un peu plus de puissance en sortie de virage cette année ce qui devrait rendre les choses assez intéressantes. Je suis impatient de savoir à quoi cela va ressembler. Je crois que les voitures seront un peu plus similaires à ce que l’on a connu dans le passé. Il n’y aura pas de problème de clipping (ralentissement des voitures en fin de ligne droite afin de recharger les batteries. Ndlr) ici. On aura, au contraire, beaucoup d’énergie à notre disposition ce qui constitue, évidemment, une excellente chose.

À Monaco peut-être plus qu’ailleurs, il est primordial de construire patiemment sa confiance pour espérer être performant à la fin du week-end. À quel point est-ce compliqué justement de bâtir ce capital confiance quand on n’a encore jamais roulé dans les rues de la Principauté au volant de ces nouvelles autos ?

C’est très dur ! De ce point de vue-là, Monaco représente sans doute le challenge plus relevé de la saison. Les voitures circulent toute l’année dans ces rues. La piste évolue beaucoup. Tous les ans, plus ou moins un tiers du tracé est resurfacé ce qui fait que l’on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre. Construire cette confiance séance après séance est, toutefois, quelque chose de très amusant. Ici, on retrouve un format de week-end plus traditionnel. Après plusieurs Grand Prix disputés au format sprint ces derniers mois, c’est à la fois étrange mais aussi plaisant de retrouver un format plus classique. On va pouvoir se servir de la journée du vendredi pour construire cette confiance. Comme le circuit est plutôt court, on peut facilement accumuler pas mal de tours.

Beaucoup de bruits circulent dans le paddock sur la prétendue supériorité du moteur Ferrari à Monaco. Pensez-vous, comme beaucoup de vos concurrents, que les choix adoptés cet hiver par les motoristes de Maranello (l’écurie italienne a notamment adopté un turbo plus petit afin de contrer les effets du turbo lag. Ndlr) pourraient constituer un avantage non négligeable ce week-end en Principauté ?

Je l’espère ! Sur le plan de la performance pure, on est clairement derrière certains motoristes. Courir avec ce handicap de puissance constitue donc un vrai défi aussi bien pour nous en milieu de peloton que pour Ferrari à l’avant de la grille. Le circuit de Monaco possède moins de lignes droites que d’autres tracés du calendrier. J’espère donc que nous serons un peu plus compétitifs sur un tour chrono et que nous aurons de meilleures chances de nous battre en course.

« On a pas mal de circuits en ville dans le calendrier, mais aucun ne ressemble à Monaco. Ce circuit est unique ! Son histoire et l’importance du pays à l’échelle internationale font de Monaco l’un des week-ends les plus cools de l’année » 

Comme chaque année, une grande partie de votre résultat final se décidera le samedi lors de la séance qualificative. Peut-on qualifier Monaco de qualification la plus difficile de la saison ?

Toutes les qualifications sont difficiles et ce pour différentes raisons. Aucun circuit du calendrier n’est facile. Tous les tracés ont des spécificités et des difficultés qui leur sont propres. À Monaco, il y a peut-être moins de grandes courbes que sur d’autres circuits, mais d’un autre côté les rails sont beaucoup plus proches de la piste. Le défi est donc très différent. On a pas mal de circuits en ville dans le calendrier, mais aucun ne ressemble à Monaco. Ce circuit est unique ! Son histoire et l’importance du pays à l’échelle internationale font de Monaco l’un des week-ends les plus cools de l’année. Chaque saison, nous attendons cette course avec grande impatience.

Depuis votre entrée spectaculaire dans la discipline au volant de la Ferrari à Djeddah (Arabie Saoudite. Ndlr) il y a de cela deux ans (il avait remplacé au pied levé un Carlos Sainz forfait pour cause d’appendicite. Ndlr), vous suscitez énormément d’attentes dans le paddock. Comment réussissez-vous à seulement 21 ans à gérer toute cette pression et les commentaires qui vont avec ?

Clairement, ce n’est pas ce que je préfère. J’aime juste piloter la voiture et faire mon travail du mieux possible. Mais quelque part c’est normal. J’ai eu la chance de vivre une expérience fantastique en disputant ma toute première course de Formule 1 au volant d’une Ferrari. Ce Grand Prix en Arabie Saoudite a été une énorme source d’apprentissage, car tous les regards étaient braqués sur moi. Toutes les courses que j’ai pu disputer depuis se sont, à cet égard, révélées plus simples à gérer. Contrairement à Djeddah, j’ai pu bénéficier de davantage de temps pour me préparer. Le fait d’avoir moins d’attention sur moi m’a aussi permis d’apprendre et de commettre des erreurs. Encore une fois, cette pression et ces attentes autour de moi sont normales, car c’est aussi la F1 qui veut ça. Dans ce sport, les gens aiment parler et raconter des histoires. Il faut, simplement, apprendre à faire avec.

Avec l’annonce de la prolongation du contrat chez Ferrari de Charles Leclerc, une porte s’est refermée pour vous en vue de la saison 2027. Êtes-vous déçus de ne pouvoir, à l’instar d’un Kimi Antonelli chez Mercedes, montrer que vous aussi vous êtes prêts à vous battre à l’avant du peloton ?

Je sais que j’ai ce qu’il faut pour rouler dans une grande équipe. Voir Kimi (Antonelli. Ndlr) ou d’autres pilotes de ma génération et de mon âge performer à l’avant ne fait que mon conforter dans l’idée que j’en suis capable moi aussi. J’ai roulé contre eux en Formule 4, en Formule 3 et en Formule 2. Mais pour répondre clairement à votre question, non je ne suis pas déçu. Je ne suis pas triste non plus. Cela fait simplement partie de mon parcours. Je prends beaucoup de plaisir à l’heure actuelle dans mon aventure avec Haas. En aucune façon, je ne verrai le fait de rester avec eux en 2027 comme une mauvaise chose. Je crois, au contraire, que c’est une grande opportunité. L’équipe est sur une trajectoire fantastique et je dois reconnaître que j’apprécie vraiment le chemin que nous parcourons ensemble.

Propos recueillis par Andrea Noviello

Facebooktwitter

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*