Interview

Pierre Gasly : « Tout est différent à Monaco »

Pierre Gasly Monaco GP 2026 Cockpit
Pierre Gasly ne s'attend pas forcément à voir beaucoup plus de dépassements en course cette saison à Monaco.
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Encore tracassé par le train arrière de son Alpine à Montréal, le pilote français aborde la manche monégasque avec l’espoir d’avoir enfin résolu les problèmes qui touchent sa A526 depuis deux courses.

En l’espace d’un hiver, il est pratiquement passé du noir au blanc. Condamné à l’obscurité des profondeurs l’an passé par la faute, principalement, d’un moteur Renault en cruel manque de cavalerie, Pierre Gasly a retrouvé la lumière en ce début de championnat de 2026. De retour dans les hautes sphères du classement à la faveur d’un groupe propulseur Mercedes surpuissant et autrement plus performant que la grande majorité des autres moteurs de la grille, le pilote français a déjà quasiment inscrit autant de points (20 unités. Ndlr) en cinq courses disputées cette année qu’en l’espace de l’intégralité de son si pénible exercice 2025 (22 points. Ndlr). Gonflé à bloc par son entame de saison canon et par les perspectives d’évolution d’un team Alpine encore en phase de croissance, le natif de Rouen compte profiter du Grand Prix de Monaco pour poursuivre sur sa belle lancée et définitivement ranger aux oubliettes les soucis qui ont affecté le train arrière de son A526 lors des deux dernières courses de Miami et du Canada.

Vous sortez de deux week-ends plutôt difficiles à Miami et au Canada. Les problèmes rencontrés sur votre voiture outre-Atlantique sont-ils résolus avant d’aborder ce rendez-vous monégasque ?

On a beaucoup œuvré dans ce sens avec l’équipe. On voit très clairement sur les données ce qui ne fonctionne pas normalement sur ma voiture par comparaison à celle de Franco (Colapinto. Ndlr). On a donc effectué de très nombreux changements de pièces pour tenter d’éliminer le problème. J’aimerais pouvoir affirmer que le souci est réglé, mais il va falloir attendre les premiers essais libres pour en avoir la certitude. Le seul point positif dans cette histoire, c’est que mon ressenti se vérifie sur les datas. C’est très visible. Maintenant, comprendre d’où vient le problème n’est malheureusement pas aussi simple.

Au Canada, vous pensiez avoir cerné l’origine du mal qui touche votre Alpine depuis Miami. Pourquoi, dans ce cas, avez-vous également souffert lors de la manche montréalaise ?

Pour la simple et bonne raison que ce que l’on pensait à Montréal ne s’est pas forcément révélé être la vraie raison du souci rencontré à Miami. Avec les pièces apportées sur la voiture au Canada, certains facteurs se sont améliorés. Mais il n’en reste pas moins qu’il y a toujours quelque chose d’anormal sur le train arrière. On a passé beaucoup de temps avec l’équipe pour essayer de rectifier le problème. Les gars ont énormément bossé pour que l’on puisse exploiter 100% du potentiel de la voiture. Je pense que ce week-end cela devrait être le cas.

Ressentez-vous de l’excitation au moment d’attaquer ce Grand Prix de Monaco ?

Complètement ! Je suis très excité d’être ici. J’ai vraiment hâte, car ce week-end est très spécial pour moi. Avec la suppression du Grand Prix de France, Monaco fait un peu office de course à la maison. C’est ici que l’on reçoit le plus de soutien de la part des fans français. C’est vraiment un moment unique dans la saison. Il s’agit, sans aucun doute, de mon tracé préféré en qualification. Cette piste est atypique ce qui induit une approche différente de celle que l’on peut avoir lors d’un week-end plus classique. Les sensations dans la voiture sont incomparables ici. Rouler en ville, à de telles vitesses …. Tout est différent à Monaco ! Et c’est ça qui me plaît.

« On essaye de se préparer au maximum, mais Monaco reste le genre de piste où il est difficile de se forger de réelles certitudes. Aucun autre tracé du calendrier ne ressemble à Monaco. Ce circuit est unique » 

Lors de vos séances préparatoires sur le simulateur, avez-vous pu vous forger un premier avis de ce que sera le pilotage de ces nouvelles F1 dans les rues de la Principauté ?

Il est, bien évidemment, important d’effectuer une bonne préparation en amont de la course. On essaye de se préparer au maximum, mais Monaco reste le genre de piste où il est difficile de se forger de réelles certitudes. Aucun autre tracé du calendrier ne ressemble à Monaco. Ce circuit est unique ! J’arrive ici avec l’esprit très ouvert sur ce que l’on va découvrir. Ce sera, peut-être, beaucoup plus difficile que ce ne l’était dans le passé. Ou peut-être pas. On verra bien comment les choses se passeront lors des essais libres 1.

Les Formule 1 dans leur version 2026 peuvent-elles rendre la course plus spectaculaire que ces dernières années ?

Possible. Les voitures sont un peu plus étroites que par le passé. Il y a également la partie moteur et l’utilisation des batteries qui rentrent aussi en ligne de compte. Maintenant, les changements apportés par la FIA (interdiction de l’aérodynamique active et réduction de la puissance des moteurs. Ndlr) font qu’il ne devrait pas y avoir de grosses différences dans la gestion de la puissance déployée. On ne s’attend pas à voir de clipping ici. On aura plus d’énergie que nécessaire sur un tour. Pour ce qui est du spectacle en course, je n’ai pas forcément de réponse à donner, car il reste encore pas mal d’inconnues avec ces voitures en arrivant ici. On verra bien. L’avantage, c’est que l’on aura trois séances libres devant nous pour bien se préparer en vue de la qualification et de la course.

Pourrait-on assister à davantage de dépassements cette année du fait de la réduction de la taille des monoplaces ?

Sur le papier, j’ai envie de répondre oui. Maintenant, si l’on passe de trois à quatre dépassements en course, cela restera de toute façon anecdotique. Si aujourd’hui je devais mettre de l’argent sur cette hypothèse, je ne parierais probablement pas dessus. C’est juste une question de physique. Les voitures sont très larges et la piste, au contraire, très étroite. Elle n’est pas forcément faite pour dépasser. Je ne m’attends donc pas à ce qu’il y ait un énorme changement à ce niveau-là.

« On sait qu’ici la qualification conditionne 95% du résultat final. Tout se joue ou presque le samedi. Il est donc primordial de bien se préparer pour cette séance qualificative » 

Allez-vous, cette année encore, tout miser sur la qualification ?

Absolument. On sait qu’ici la qualification conditionne 95% du résultat final. Tout se joue ou presque le samedi. Il est donc primordial de bien se préparer pour cette séance qualificative. Après, il y aura quand même des possibilités le dimanche. On verra ce que cela donnera. Mais clairement, la qualification reste le moment le plus important du week-end.

Rouler avec un moteur Mercedes dans le dos constitue-t-il un réel avantage à Monaco ?

Pas forcément. Les changements opérés sur la batterie vont énormément niveler les performances des moteurs ce week-end. On n’aura pas de clipping, pas plus que l’on ne pourra effectuer de vraie optimisation sur le déploiement d’énergie utilisée. On n’a pas encore roulé sur ce genre de circuit composé de virages très lents. L’épingle du Fairmont pourrait, par exemple, causer pas mal de soucis aux turbos. Or, ce sont des choses que l’on n’arrive pas à simuler à l’heure actuelle. On va, aussi, énormément utiliser la première à Monaco alors qu’en temps normal, on ne s’en sert quasiment jamais. Ce sont des choses qu’il faut prendre en considération au moment de préparer un week-end comme celui-ci, car en fonction des moteurs et de la taille de votre turbo, vous pouvez être confrontés à du turbo lag. Cela rentre forcément en ligne de compte dans la performance. Mais aujourd’hui, je ne serais pas capable d’affirmer avec exactitude si un moteur sera ou non au-dessus du lot ici.

Certaines voix dans le paddock prétendent pourtant que le moteur Ferrari pourrait avoir un avantage à Monaco à cause de son petit turbo …

Oui. On sait que typiquement dans l’épingle, ils seront moins confrontés à ce problème de turbo lag. Quand tu possèdes un turbo de la taille de celui des Ferrari, le faire fonctionner à un régime très bas et une vitesse très basse est nettement plus simple. Maintenant, je sais aussi que Mercedes s’est bien préparé en vue de cette course. Ils ont mis des choses en place pour essayer d’optimiser au maximum le rendement de leur moteur. Mais tant que l’on n’a pas encore roulé en piste, il est difficile de dire dans quelle mesure leurs choix ont été les bons ou non.

Propos recueillis par Andrea Noviello

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