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Interview

Alex Caffi : « La Formule 1 est dangereuse et elle doit le rester » (1/2)

Alex Caffi Sportel Monaco 2017 Retiré des circuits depuis 2013, Alex Caffi a endossé la casquette de team manager en Nascar.
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Patron de sa propre écurie de Nascar depuis l’an dernier, Alex Caffi reste un éternel amoureux de la Formule 1. L’Italien n’est pourtant pas tendre avec une discipline qu’il juge trop aseptisée à son goût.

Reconverti team manager depuis 2016 et l’engagement de son équipe en Nascar Whelen Euro Series, Alex Caffi n’a en pas pour autant oublié son plus grand amour : la Formule 1. Si le résident monégasque est désormais passé de l’autre côté du muret, il continue cependant d’observer le monde des Grand Prix à travers les yeux du pilote téméraire et passionné qu’il a été autrefois. Suiveur assidu d’une discipline qu’il a pourtant quitté avec soulagement en 1992, l’Italien profite de son passage sur le Sportel Monaco, le salon international du sport et des médias, pour pointer du doigt les principales failles de la F1 moderne. Outre la trop grande sophistication des monoplaces contemporaines, le champion de France 2002 de GT regrette l’aseptisation à outrance des circuits et la dénaturation d’un sport dont il ne reconnaît plus les valeurs.

Vous avez mis un terme à votre carrière de pilote il y a de cela quatre ans aujourd’hui après une ultime expérience dans le championnat de camions brésilien. A-t-il été difficile de retrouver une vie normale ?

Tourner la page n’a, au final, pas été si compliqué pour moi. Ma dernière vraie saison en sport automobile dans le championnat brésilien de camions s’est révélée être une superbe expérience. J’en garde d’excellents souvenirs. Une fois l’année 2013 achevée, j’ai cherché une activité qui pouvait me permettre de continuer dans l’univers que j’ai le plus aimé et qui m’a le plus apporté dans la vie. Rester dans le milieu du sport automobile coulait de source. J’en ai donc déduit que la suite logique à ma carrière de pilote était de fonder une écurie.

En quoi ce nouveau métier diffère-t-il de l’ancien ?

Ma première course dans la peau de team manager fut particulièrement stressante à vivre. On ne contrôle pas vraiment la situation et on n’a pas d’influence directe sur les événements. J’ai donc bien plus angoissé que si j’avais dû piloter. Ce n’est vraiment pas évident à gérer. Après, le pilotage en lui-même ne me manque pas. Bien sûr, gagner en tant que pilote offre des sensations incomparables, mais je suis heureux de la nouvelle vie que je me suis choisi. Je découvre un aspect différent de la compétition automobile. Je dois désormais gérer un tas de choses sur lesquelles je ne me focalisais absolument pas dans le passé parce que des personnes s’en occupaient pour moi. Cela me plaît beaucoup.

Quand on compare les Grand Prix de votre époque à ceux d’aujourd’hui, on a le désagréable sensation de ne plus du tout regarder le même sport. Partagez-vous cette opinion ?

Complètement. C’est exactement ce que je dis toujours. J’en ai encore parlé hier à table (entretien réalisé le 24 octobre 2016 Ndlr). C’est un autre sport ! Au risque de paraître vieux jeu ou pathétique, je pense que ce n’est plus le même sport qu’autrefois. Déjà à mon époque, Niki Lauda ou Clay Regazzoni prétendaient être meilleurs que nous parce qu’ils avaient couru à une période plus périlleuse encore que la nôtre. Cela a constamment fonctionné de la sorte en F1. En revanche si tu allumes la télé et que tu regardes une course, aujourd’hui tu t’endors alors qu’hier non.

« Je déteste tous ces départs derrière la voiture de sécurité. J’ai toujours pensé que si le sport automobile fascinait autant les gens, c’était aussi en raison de sa dangerosité »

Contrairement à votre époque, on ne roule désormais pratiquement plus quand il pleut. N’est-ce pas paradoxal alors que la sécurité a, elle, considérablement progressé depuis la fin des années 80 ?

J’ignore pour quelles raisons on ne court plus sous la pluie. Je ne saurais l’expliquer. La F1 a beaucoup changé, c’est devenu un autre sport. Je ne reconnais plus la course automobile. Malheureusement, les choses ne semblent pas prêtes de s’arranger. Les pilotes d’aujourd’hui doivent s’adapter au futur que nous sommes en train de leur construire. Je me sens chanceux d’avoir pu courir à mon époque. Concernant les courses sous la pluie, on ne peut hélas rien y faire.

Lors de la dernière manche de la saison 1991 en Australie, vous aviez disputé l’un des Grand Prix aux conditions météorologiques les plus dantesques de l’histoire. En gardez-vous pour autant un mauvais souvenir ?

Non pas forcément, car j’ai toujours été à l’aise sous le mouillé. En 1989 déjà avec la Dallara, j’étais performant en Australie avant que l’aquaplaning ne m’envoie contre le mur en pleine ligne droite. En 1991, les conditions étaient vraiment terribles. On n’y voyait absolument rien. C’était incroyable. Adelaïde étant un circuit en ville, le danger venait de ces immenses flaques d’eau qui se formaient dans les lignes droites. La voiture pouvait nous échapper subitement sans réellement savoir pourquoi.

Soutenez-vous comme certains l’idée qu’il n’aurait jamais fallu courir cet après-midi-là ?

Non, certainement pas. Je suis absolument contre ce genre de décisions ! Quand on doit courir, on court et les meilleurs arrivent au bout. Point barre. La course est un sport à risques. C’est d’ailleurs écrit au dos des billets : « Motorsport is dangerous ». Rien de plus normal. Je déteste tous ces départs derrière la voiture de sécurité. J’ai toujours pensé que si le sport automobile fascinait autant les gens, c’était aussi en raison de sa dangerosité. La Formule 1 est dangereuse et elle doit le rester.

Propos recueillis par Andrea Noviello

Alex Caffi USA 1991

Caffi estime que la Formule 1 n’est plus le même sport que lorsqu’il y évoluait en tant que pilote.

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