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Interview

Bianca Senna : « Ayrton a su créer une connexion avec le cœur des gens » (2/2)

Bianca Senna World Sports Legends Award Pour Bianca Senna son oncle Ayrton était une personne complètement différente en dehors de la F1.
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Honorée au nom de son oncle Ayrton lors de la troisième édition du Monaco World Sports Legends Award, Bianca Senna profite de cette distinction pour rappeler le lien unique qui unit encore aujourd’hui les fans de Formule 1 au triple champion du monde Brésilien.

La seule évocation de son nom suffit à redonner le sourire à des milliers de passionnés désenchantés par l’irrévocable aseptisation de la Formule 1 moderne. Nièce du tant regretté Ayrton, Bianca Senna n’a pourtant jamais tenté de marcher dans les pas de son illustre oncle. Son seul rapport avec le sport automobile, elle le doit à son frère Bruno à qui elle a un temps (relativement bref) servi d’agent. Guère séduite par le milieu de la course, la fille de Viviane Senna a logiquement pris le relais de sa mère en devenant la présidente de l’Instituto Ayrton Senna, prolongeant ainsi le rêve exprimé par l’ancien pilote McLaren avant sa tragique disparition le 1er mai 1994 à Imola lors du Grand Prix de Saint-Marin. Invitée à recevoir sur la terre des plus beaux exploits du Pauliste un oscar à titre posthume à l’occasion de la troisième édition du Monaco World Sports Legends Award, Bianca Senna saisit l’aubaine pour parler des actions menées depuis près d’un quart de siècle par la fondation en faveur des enfants défavorisés du Brésil et pour entretenir la mémoire du triple champion du monde.

Dans sa combinaison de pilote, Ayrton pouvait réaliser des choses à priori impossible pour la grande majorité de ses congénères. Comment était-il en tant qu’homme ?

Comme nous tous, Ayrton était très différent auprès des siens. Il était plus ouvert que dans son environnement professionnel, plus drôle aussi. Il faisait souvent des blagues. Ayrton était … (elle cherche ses mots ndlr) une personne très spéciale.

Votre oncle a trouvé la mort en course alors que vous n’aviez encore que quatorze ans. Quel est le meilleur souvenir que vous gardez de lui ?

Il y en a tellement ! C’est dur de choisir, mais si je devais n’en retenir qu’un seul alors j’opterais pour les moments que nous avons partagé ensemble dans sa maison d’été au Brésil. Ayrton était détendu, il savourait vraiment l’instant présent sans penser à la course ou à toute la politique qui entoure le monde des Grand Prix. Le simple fait d’être avec lui, de jouer aux cartes ou de manger un dessert représentait quelque chose d’unique et de spécial.

« Cette comparaison avec Ayrton était biaisée, car les gens ont comparé quelqu’un qui débutait à peine dans l’univers de la course et de la compétition avec un triple champion du monde de Formule 1, un pilote évoluant au plus haut niveau pendant plus de neuf ans »

Votre frère Bruno a, lui aussi, embrassé une carrière de pilote à sa majorité. Annoncer à votre mère vouloir pratiquer le même sport qui a coûté la vie à Ayrton quelques années plus tôt n’a très certainement pas dû être facile pour lui …

Ce fut même très difficile ! Jusqu’à ses 19 ans, Bruno ne voulait pas en parler à ma mère. Un jour, elle lui a demandé ce qu’il voulait faire de sa vie. Bruno lui a répondu qu’il souhaitait d’abord terminer l’université. Il a ensuite ajouté qu’il espérait devenir riche et qu’il voulait courir en compétition. Ma mère a alors rétorqué : « Quoi ? Tu veux faire de la course ? » Bruno a acquiescé tout en affirmant qu’il comprenait que ce n’était pas forcément la meilleure chose à faire pour notre famille. Sa carrière en sport automobile a commencé ainsi.

Les attentes autour de Bruno ont immédiatement été démesurées compte-tenu de son faible vécu en compétition. Le public comme les médias ne lui ont-ils pas causé du tort en le comparant d’entrée à Ayrton ?

Très certainement, oui. Cette comparaison avec Ayrton était biaisée, car les gens ont comparé quelqu’un qui débutait à peine dans l’univers de la course et de la compétition avec un triple champion du monde de Formule 1, un pilote évoluant au plus haut niveau pendant plus de neuf ans. Leurs époques et leurs expériences personnelles ne sont en rien comparables. Les confronter tous les deux, fut indéniablement la pire des choses. C’est comme si on avait comparé une pomme à une chaise ! Cela n’a rien à voir et ce n’est très pas fair-play de procéder de la sorte.

Depuis ses débuts, Bruno a couru en Formule 1, en Formule E et en Endurance. Est-il, selon-vous, satisfait de la carrière qu’il a accomplie jusqu’ici ?

Oui. Il a remporté le titre l’an dernier en WEC (catégorie LMP2 ndlr). Cette saison a été plus compliquée pour différentes raisons, mais on parle là de course automobile. Ce n’est pas un jeu facile. Vous pouvez uniquement contrôler ce que vous faites alors que bien d’autres facteurs entrent en ligne de compte. Bruno est heureux aujourd’hui parce qu’il fait ce qu’il aime. Il court.

« La F1 ou le sport automobile dans son ensemble ne représente qu’un exemple parmi tant d’autres de cette évolution. Dans ce contexte, il faut simplement savoir se montrer fort et se remettre en question afin de continuer à faire ce que vous aimez »

Bruno a subi un très gros crash cette année à Silverstone. Ressentez-vous davantage de craintes qu’une personne lambda compte-tenu de la tragédie qui a endeuillé votre famille ?

Sans aucun doute. Ce jour-là, j’ai reçu un message m’annonçant que Bruno avait eu un accident et me demandant ce qui lui était arrivé. J’ignorais tout à ce moment-là. J’ai simplement répondu : « quel crash ? Que sais-tu ? » Quand on a eu la confirmation de l’incident en question, on a forcément ressenti de l’inquiétude, mais grâce à Dieu Bruno s’en est sorti sans gros bobos. On est très heureux que rien de sérieux ne lui soit arrivé et qu’il n’a que légèrement été blessé dans cet accident.

Si Ayrton était encore en vie aujourd’hui, pensez-vous qu’il apprécierait le spectacle proposé par cette Formule 1 moderne ? Ne serait-il pas chagriné par son manque d’imprévisibilité ou par son côté trop artificiel, trop technologique ?

Répondre à cette question est difficile, car je ne suis pas à sa place. Je n’ai également pas son cerveau. Dans un certain sens, tout évolue aujourd’hui et pas seulement en Formule 1. De nos jours, on a des smartphones, des ordinateurs capables de reproduire une grande partie de notre travail. La F1 ou le sport automobile dans son ensemble ne représente qu’un exemple parmi tant d’autres de cette évolution. Dans ce contexte, il faut simplement savoir se montrer fort et se remettre en question afin de continuer à faire ce que vous aimez. Cela fait partie intégrante de votre boulot désormais.

Propos recueillis par Andrea Noviello

Bianca Senna compagnon

Bianca Senna se remémore avec émotion les moments partagés avec son oncle Ayrton.

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