Thierry Boutsen : « Les F1 actuelles sont trop rapides » (1/2)

Thierry Boutsen Sportel Monaco 2018
Thierry Boutsen déplore que le rôle du pilote ait autant diminué ces dernières années en Formule 1.
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De passage au Sportel Monaco, le salon international du sport et des médias, Thierry Boutsen livre sa vision de la Formule 1 moderne et invite les patrons de la catégorie reine à davantage s’inspirer de son glorieux passé.

Son départ de la Formule 1 fut à son image : discret. En tirant sa révérence le soir de son 163ème Grand Prix en carrière, Thierry Boutsen a non seulement bouclé la boucle d’onze saisons pleines au plus haut niveau du sport automobile, mais a aussi, sans le savoir, mis un terme à la période dorée du plat pays en catégorie reine. Successeur désigné du mythe Jacky Ickx à son arrivée chez Arrows en 1983, le Bruxellois a gravi les échelons un à un avant de goûter, à son tour, à l’ivresse d’un succès en F1. Grand artisan de la montée en puissance du binôme Williams-Renault à l’aube des années 90, le grand blond verra son obstination récompensée par trois succès majuscules en catégorie reine, trois empreintes indélébiles à jamais gravées dans les livres d’histoire de la F1. Brillamment reconverti dans le courtage d’avions depuis 1997 (date de création de sa société Boutsen Aviation), le businessman a accepté de se poser quelques minutes le temps d’un passage furtif sur le Sportel Monaco. Invité par les organisateurs du salon international du sport et des médias à venir parler de sa première passion, le Belge dresse un constat sans détour de la F1 contemporaine et avance quelques pistes de réflexion pour tenter de sortir la catégorie reine de l’ornière.

Lors de votre précédente visite sur le Sportel Monaco en 2014, vous déploriez l’affaiblissement discontinu du rôle du pilote en Formule 1 depuis une grosse dizaine d’années. La situation ne s’est pas franchement améliorée entre-temps. Elle a même sûrement empiré …

Oui, hélas. Les pilotes ne conduisent qu’à moitié aujourd’hui, ils n’ont quasiment plus rien à faire. Les voitures font tout en automatique ou presque (sourire). Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer mon époque. Reprenez des caméras embarquées des années 85-90 et vous allez voir la différence. La manière de piloter une Formule 1 en ce temps-là ne ressemble en rien à ce qu’elle est aujourd’hui. Et ce n’est pas parce que les pilotes actuels sont devenus meilleurs. Bien au contraire.

Les pilotes modernes sont-ils trop assistés par la technologie selon-vous ?

Indiscutablement. Je vais même vous dire autre chose. Prenez les temps et comparez-les. En 1990, je signe la pole à Budapest (Hongrie) en 1’17″919. Aujourd’hui, soit 29 ans plus tard, ils tournent en 1’14 et des brouettes. Sont-ils pour autant de meilleurs pilotes ? Ou alors étions-nous meilleurs pilotes qu’eux ? Une chose est certaine : ils ont, incontestablement, de bien meilleures voitures que les nôtres. Je lance la balle …

Le manque d’incertitude offert par la F1 contemporaine constitue l’un des principaux griefs régulièrement adressé par les inconditionnels de la discipline. Au lieu de constamment favoriser les grosses équipes en pondant des règlements toujours plus alambiqués et complexes, la catégorie reine ne ferait-elle pas mieux d’aider les petites écuries ?

Complètement. Ce serait d’ailleurs très simple de leur donner un coup de main, mais les tops teams ne veulent pas en entendre parler. Ils exercent un lobbyisme incroyable pour conserver leurs prérogatives. Mercedes va toujours investir ce qu’elle juge nécessaire pour rester devant les autres et ce même si la réglementation venait à changer.

« Il faudrait reprendre tout ça à zéro, faire quelque chose de simple, efficace, facile d’accès et qui plaise à tout le monde » 

Que préconiseriez-vous pour rendre à la Formule 1 son lustre d’antan ?

Il faudrait reprendre tout ça à zéro, faire quelque chose de simple, efficace, facile d’accès et qui plaise à tout le monde. Ce n’est qu’à ces conditions que l’on aura de nouveau 35 ou 40 voitures au départ. Dans les années 80, la F1 organisait une préqualification avant la qualification et la course. Alors certes le dimanche après-midi il ne restait que 26 voitures sur la grille, mais le vendredi matin il pouvait y en avoir 32 au 34. On devrait revenir à de telles solutions, car ça c’était de la course !

Dans une interview accordée un jour au journal L’Équipe, Alain Prost a soumis l’idée suivante : autoriser une liberté totale des choix pneumatiques afin de non seulement favoriser des stratégies différentes, mais aussi d’accroître la qualité du spectacle en piste. Quand bien même cette solution fonctionne en Moto GP pourrait-elle, pour autant, s’appliquer en F1 ?

Pourquoi pas. De mon temps, on avait même des pneus de qualification ! On roulait le samedi après-midi avec ce type de gommes et le dimanche on partait en course avec de pneus dont on ne connaissait parfois pas grand-chose. Cela avait, toutefois, le mérite d’offrir des courses palpitantes. Sur ce point aussi je trouve la réglementation un peu absurde.

Lewis Hamilton a soulevé une autre question très pertinente au soir de sa magistrale victoire dans le Grand Prix du Japon 2018. Le pilote Mercedes avait demandé : « pourquoi n’a-t-on pas plus de tracés comme Suzuka au calendrier ? ». Pouvez-vous y apporter une réponse ?

Il existe encore quelques beaux tracés en Formule 1 comme Suzuka bien sûr, mais aussi Spa, Monaco ou même Singapour. Côté sécurité on a, il est vrai, beaucoup progressé. L’un ne va malheureusement pas sans l’autre. Zandvoort était, également, très sympa comme tracé. Suzuka (moue dubitative) est un peu limite. On continue à Monaco parce qu’on n’y roule pas très vite. Quand on tape, on est parallèle au rail. Il est donc difficile de se faire vraiment mal à Monaco. En revanche, si l’on sort dans le long gauche (Dunlop) à Suzuka, ce n’est pas tout à fait la même histoire. Pareil pour Francorchamps. Ce sont des circuits très rapides. Or, pour avoir de la vitesse, il faut de l’espace. Lorsque l’on privilégie la sécurité, on est hélas obligé d’en passer par là.

Propos recueillis par Andrea Noviello

Lewis Hamilton Suzuka 2019
Thierry Boutsen considère Suzuka comme l’un des derniers beaux tracés du calendrier de la F1.
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