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Interview

Alain Prost : « On n’exploite pas toutes les cartes que l’on a entre les mains » (2/2)

Alain Prost interview Monaco Alain Prost estime que l'engagement de Renault en Formule 1 ne peut pas être remis en cause.
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Conseiller spécial de Renault F1 depuis plus de deux ans maintenant, Alain Prost pose un regard lucide sur la difficile entame de saison de l’écurie tricolore.

Le rendez-vous est fixé à 10h30 au huitième étage du Shangri-La. C’est ici, à quelques encablures seulement de la ligne droite des stands du plus mythique des circuits du calendrier, que Renault a convié une petite partie de la presse française et monégasque pour une rencontre avec le plus célèbre de ses ambassadeurs, Alain Prost. Souriant et décontracté malgré le très poussif début de championnat 2019 de l’écurie tricolore, le quadruple champion du Formule 1 prend le temps de découvrir ses différents interlocuteurs avant d’entamer trente minutes d’interview durant lesquelles il ne va éluder aucun des sujets brûlants qui agitent l’actualité de l’écurie basée à Enstone (Angleterre). Des problèmes de fiabilité rencontrés sur le groupe propulseur fabriqué dans les usines de Viry-Châtillon, aux ambitions de la marque au losange en catégorie reine, en passant par la complexité de la réglementation technique actuelle ou encore de l’insoluble problème des équipes B. Le conseiller spécial du Renault F1 Team livre une analyse fidèle à son image : rigoureuse et clairvoyante.

La F1 réclame des moyens financiers énormes de nos jours. Quel est l’intérêt quand on s’appelle Renault de dépenser de telles sommes pour au final être seulement considéré comme une équipe du milieu de tableau ?

Le problème il est là. On souffre d’un problème d’image. On a également un autre souci en ce moment. On est en pleine renégociation des nouveaux Accords Concorde. Ils doivent notamment déterminer le « budget cap » et les futurs règlements techniques. Aujourd’hui, on est en pleine progression. On a rebâti Enstone, on a embauché entre 200 et 250 personnes. On a également refait Viry-Châtillon. Notre équipe se compose désormais de pratiquement 1200 personnes sur les deux sites, mais cela reste toujours 50% de moins que les grandes équipes. On ne peut pas faire plus et de toute façon on ne le veut pas. Budgétairement cela réclamerait des efforts trop importants sans compter que ce serait totalement idiot. En 2021 on aura les nouveaux règlements donc à quoi bon.

Quand commencerez-vous à vous pencher plus sérieusement sur la nouvelle réglementation ?

On entamera notre travail sur les règlements 2021 à partir de cet été. On ne connaît pas encore à combien se chiffrera exactement le « budget cap ». On espère simplement qu’il sera le plus bas possible, soit à peu près au niveau auquel on se situe aujourd’hui. Actuellement, on est dans cette perspective-là. Il faut s’inscrire sur la durée. J’ai toujours considéré qu’être en Formule 1, c’est déjà très important pour une marque comme Renault. On a une histoire, une tradition et de toute façon le fait d’évoluer au plus haut niveau vous apporte énormément de retombées quand vous êtes un constructeur généraliste. On ne parle pas uniquement de Monaco ou de la France, mais d’une exposition mondiale. Aller en Chine, en Malaisie, en Russie ou encore en Amérique, c’est juste incroyable. La F1 représente un vecteur de communication, de marketing et d’image absolument énorme !

L’écurie Renault peut-elle, pour autant, se contenter de jouer les simples faire-valoir dans une discipline écrasée depuis des années par les mastodontes Mercedes et Ferrari ?

Il faut que l’on soit mieux que ça, clairement. Maintenant, on en revient à ce problème de perception avec d’un côté Renault une équipe d’usine soutenue par un gros constructeur et de l’autre des écuries moyennes que l’on appelle plus communément des équipes B. Cyril Abiteboul a souvent évoqué ce problème ce qui lui a d’ailleurs valu quelques critiques. Je partage son point de vue. Ce n’est vraiment pas facile pour Renault de se situer au milieu de tout ça. Les très grands comme Ferrari ou Mercedes disposent d’énormément de moyens sans compter qu’ils sont présents depuis vingt, trente voir même quarante ans dans le sport.

« L’idée est de tout mettre en œuvre pour permettre à Renault d’augmenter son niveau et de disposer d’une assise plus confortable dans le futur. Évidemment Renault ne dépensera jamais autant d’argent que les autres, car ce n’est pas dans sa culture. Il faut que cela reste raisonnable »

Renault aussi est engagée en Formule 1 depuis de longues années …

Oui, mais contrairement à nous eux ne sont pas arrêtés donc ils possèdent une expertise folle. Les autres sont aidées par ces équipes-là, elles ne font donc pas le même métier. Parler d’équipe B peut paraître un peu péjoratif, mais c’est une réalité. Elles n’ont pas besoin d’avoir autant de moyens financiers ou humains pour performer. On traverse très certainement la période la plus critique et la compliquée depuis notre retour tant sur la piste qu’en termes de communication, mais l’engagement de Renault en F1 reste indiscutable selon moi. On doit simplement progresser.

De par votre immense vécu de pilote, mais aussi de votre expérience à la tête de Prost Grand Prix, quels conseils pouvez-vous apporter à Renault pour tenter de sortir l’écurie de cette situation bien mal engagée ?

Je ne dirais pas mal engagée, mais plutôt compliquée. Mon rôle consiste vraiment à accompagner l’équipe et à lui faire profiter de mon expérience au quotidien. Je peux intervenir sur de très nombreux sujets, mais ce n’est pas moi qui vais demander de mettre un cran de barre anti-roulis par exemple (sourire). On a des gens qui sont là pour ça. Simplement, je peux partager mon expérience en termes d’organisation d’équipe. Le fait d’avoir connu des écuries très fortes, d’autres plus faibles, d’avoir vécu ce qui marche et ce qui ne marche pas, tout ça me permet d’apporter un autre regard sur le fonctionnement interne du team. Je le répète souvent, mais quand vous évoluez au niveau de performance qui est le nôtre aujourd’hui, vous passez forcément par des moments difficiles.

Comment pouvez-vous les surmonter dans ce cas ?

Si on s’était rapproché des meilleurs, si on avait davantage progressé qu’espérer, alors je peux vous assurer que le travail que vous faites il est complètement différemment par la suite. Et ce sans même changer votre management. Tout devient plus facile, car tout le monde va pouvoir travailler dans le détail. Aujourd’hui, on est encore obligé d’y aller de manière globale. En tant que conseiller, je dois donc échanger avec de très nombreuses personnes. Je suis également impliqué dans tout ce qui concerne les discussions sur les nouveaux accords commerciaux. L’idée est de tout mettre en œuvre pour permettre à Renault d’augmenter son niveau et de disposer d’une assise plus confortable dans le futur. Évidemment Renault ne dépensera jamais autant d’argent que les autres, car ce n’est pas dans sa culture. Il faut que cela reste raisonnable.

Propos recueillis par Andrea Noviello

Nico Hulkenberg Monaco 2019

Alain Prost reconnaît que Renault traverse la période la plus compliquée depuis son retour en F1.

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