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Interview

Charles Leclerc : « Il n’y aura pas de miracle »

Éternel insatisfait, Charles Leclerc affirme avoir beaucoup appris des erreurs commises en 2020.
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Promu pilote de référence du cheval cabré depuis le départ de Vettel chez Aston Martin, Charles Leclerc ne s’attend pas à un rebond spectaculaire de la Scuderia Ferrari en 2021.

Sa saison 2020 fut à l’image de celle de son écurie : frustrante. Lointain huitième d’un championnat au cours duquel il n’aura jamais pu se mêler à la lutte aux avant-postes (il ne compte que deux petits podiums à son actif en Autriche et en Grande Bretagne. Ndlr), Charles Leclerc est pourtant ressorti grandi de sa deuxième campagne en rouge. Magnifique de résilience tout au long d’une année chamboulée par l’épidémie du Covid, le Monégasque ne s’est pas contenté de laminer, au volant de la même machine, son quadruple champion du monde de coéquipier Sebastian Vettel (il totalise 98 points contre seulement 33 unités à l’Allemand. Ndlr). Il a, aussi, et surtout porté à bout de bras une Scuderia Ferrari lourdement affaiblie par le tour de vis réglementaire imposé en fin de saison 2019 par les instances (l’écurie italienne était suspectée de contourner les limites de débit d’essence sur son groupe propulseur. Ndlr) tout en entretenant l’espoir d’un exploit rendu illusoire par les piètres performances du V6 turbo italien. Conforté en interne par le départ de celui (Vettel. Ndlr) qui devait symboliser le renouveau du cheval cabré au moment de son arrivée à Maranello, le protégé de Nicolas Todt entend désormais s’appuyer sur son nouveau statut pour ramener l’écurie la plus titrée de l’histoire sur le chemin du succès. Invité à confier (en visioconférence. Ndlr) ses premières impressions à la presse monégasque au surlendemain de la fin des essais hivernaux de Bahreïn (organisés du 12 au 14 mars dernier. Ndlr), l’enfant prodige de la Principauté joue la carte de la prudence et assure qu’il ne faudra pas attendre monts et merveilles de la part d’une Scuderia Ferrari encore convalescente.

Vous n’avez eu droit qu’à trois petits jours de tests à Bahreïn pour vous familiariser avec votre nouvelle monoplace. Vous estimez-vous prêts avant d’aborder votre troisième saison en rouge ?

On a utilisé ces trois jours d’essais de la meilleure des façons selon moi. L’objectif principal était d’engranger un maximum de kilomètres. On y est parvenu ce qui est plutôt une très bonne chose. On a fait tout ce que l’on devait faire. On a réalisé la meilleure préparation possible compte-tenu des restrictions qui nous étaient imposées. Se préparer en seulement trois jours ne facilite évidemment pas la tâche, mais toutes les équipes sont logées à la même enseigne.

Ferrari a accumulé 403 tours du tracé de Sakhir cet hiver soit l’équivalent de 2182 kilomètres parcourus. Êtes-vous satisfaits des performances affichées par la SF21 pendant ces essais d’intersaison ?

Il est encore un peu tôt pour s’avancer. Dans ce genre de tests, aucun team ne pousse réellement sa voiture à la limite donc il est difficile de juger où l’on se situe réellement dans la hiérarchie. On ne connaît pas vraiment les performances de l’auto. Ramener Ferrari au sommet est un objectif à moyen-long terme. La réglementation technique actuelle ne nous permet pas de changer tout ce que l’on veut sur la machine. On n’a donc pas pu entreprendre de révolution sur la voiture de l’année dernière. On s’est, au contraire, contenté de la faire évoluer. Quand on se souvient comment la saison 2020 s’est déroulée (Ferrari termine sixième du championnat constructeurs avec trois petits podiums à son actif. Ndlr), on ne peut objectivement pas s’attendre à disputer le titre en 2021. Il n’y aura pas de miracle. On va bien évidemment essayer de progresser par rapport à l’année dernière, mais il serait irréaliste de prétendre vouloir briguer le championnat dès cette saison.

Si trois jours de tests ne suffisent évidemment pas à dessiner une véritable hiérarchie, ces essais hivernaux ont tout de même permis de se forger une première impression sur les forces en présence. Une écurie vous semble-t-elle suffisamment armé pour venir enfin bousculer l’ogre Mercedes ?

Red Bull a un bon package. Les McLaren se sont montrées plutôt impressionnantes également. Maintenant, il est très difficile de déterminer visuellement si une voiture va être rapide ou pas. Les Red Bull ont réalisé de très bons tests cet hiver donc je crois qu’elles seront de sérieuses clientes pour Mercedes cette saison.

« J’ai, évidemment, plus d’expérience que Carlos (Sainz) chez Ferrari, mais la Scuderia a adopté une nouvelle philosophie en la matière. Il n’y a plus de pilote numéro 1 ou de pilote numéro 2. Que le meilleur gagne en somme »

Depuis votre arrivée à Maranello, vous faisiez équipe avec un quadruple champion du monde en la personne de Sebastian Vettel. Cette année, vous allez cohabiter avec un pilote au palmarès nettement moins fourni que l’Allemand. La venue de Carlos Sainz chez Ferrari change-t-elle de manière radicale votre rôle au sein de l’écurie ?

J’ai, évidemment, plus d’expérience que Carlos (Sainz. Ndlr) chez Ferrari, mais la Scuderia a adopté une nouvelle philosophie en la matière. Il n’y a plus de pilote numéro 1 ou de pilote numéro 2. Que le meilleur gagne en somme ! Maintenant, cela s’est toujours très bien passé avec Seb (Vettel. Ndlr). Lorsque je suis arrivé chez Ferrari, j’étais très intimidé car il avait un sacré palmarès. Sebastian a réalisé beaucoup plus de choses que moi en Formule 1. Mais encore une fois, notre relation a toujours été très bonne. On s’est bien entendu du début à la fin et on a constamment conservé un respect mutuel. Le rapport est forcément un petit peu différent avec Carlos, car nous sommes tous les deux plus ou moins au même stade de notre carrière. Nous partageons la même motivation et la même ambition de réussir. On s’entend aussi super bien. On a, désormais, hâte de pouvoir se battre en piste sans toutefois faire trop de bêtises (rires).

Ferrari a beaucoup souffert en 2020 en raison, notamment, d’un sévère déficit de puissance de son groupe propulseur. Le travail mené pendant tout l’hiver par les ingénieurs de la Scuderia vous a-t-il permis de combler la totalité du retard accumulé l’an dernier ?

Non, hélas. On en a, sans doute, comblé une partie, mais je ne pense pas que l’on ait réussi à effacer tout notre retard. Il ne faut, malheureusement, pas s’attendre à des miracles. On a fait du bon travail, il y a des signes positifs évidents, mais il ne faut pas oublier pour quelles places on se battait l’an dernier. Je me répète, mais les miracles n’existent pas en Formule 1. Tout prend du temps. Encore une fois on a bien bossé, mais cela ne sera pas suffisant je crains pour revenir au niveau de 2019.

Parmi toutes les modifications apportées sur la SF21, laquelle vous a-t-elle le plus frappé par rapport à l’ancienne SF1000 ?

Question difficile … C’est une nouvelle voiture donc il y a forcément plein de différences entre les deux (Il réfléchit un instant avant de reprendre. Ndlr). L’équilibre de la voiture a sensiblement progressé, mais si je devais ne retenir qu’une chose alors je dirais la souplesse de conduite. La maniabilité de l’auto est meilleure cette année qu’elle ne l’était en 2020.

« Ferrari ne peut pas rester là où elle se trouve aujourd’hui. On doit se battre pour des victoires ou au minimum pour des podiums. Cette ambition me donne une énorme motivation »

La saison 2020 a été pour vous une année charnière tant il vous a fallu surperformer pour relever la tête d’une Scuderia Ferrari en grande difficulté. S’il ne fut pas exempt de quelques bévues, ce deuxième exercice en rouge n’en demeure-t-il pas pour autant l’un des plus importants de votre jeune carrière en termes d’apprentissage et de maturation personnelle ?

Absolument. Cette saison 2020 a été très importante pour moi. Quand tout va bien, c’est évidemment plus facile de faire le job en piste et d’être au top mentalement. Mais à l’inverse quand tout se complique, trouver la sérénité mentale nécessaire pour pouvoir se donner à 200% derrière le volant devient nettement moins évident. J’avais donc vraiment à cœur de prouver que même dans une saison difficile, je pouvais délivrer le meilleur travail possible en piste. Alors oui j’ai commis des erreurs, et ce ne seront certainement pas les dernières, mais j’ai beaucoup appris de ces fautes-là. À chaque fois que je fais une bêtise, j’essaye de l’analyser et de comprendre pourquoi j’ai commis une telle bévue. Je m’efforce ensuite de tout mettre en œuvre pour ne pas la reproduire. 2020 a été pour moi une année très enrichissante de ce point de vue-là, car j’ai beaucoup appris.

Ce très difficile et frustrant championnat 2020 vous pousse-t-il à aborder la nouvelle saison d’une manière différente ?

Pas vraiment. Je dois, cependant, reconnaître qu’on a connu une période un petit peu compliquée l’an dernier en ouverture de saison. Quand on a posé la voiture par terre lors de la première course, on s’est vraiment rendu compte des difficultés auxquelles on allait devoir faire face. On savait que l’on n’avait pas conçu une voiture capable de jouer le titre, mais de là à vivre une saison aussi pénible … On ne s’y attendait clairement pas ! Les deux ou trois premières courses ont été difficiles, mais les mentalités ont changé par la suite. La motivation est revenue et avec elle l’envie de récupérer tout cet avantage perdu. Ma mentalité n’a pas changé depuis. Je suis ultra-motivé. Ferrari ne peut pas rester là où elle se trouve aujourd’hui. On doit se battre pour des victoires ou au minimum pour des podiums. Cette ambition me donne une énorme motivation. J’essaye de pousser tout le monde à Maranello pour que l’on travaille tous dans la bonne direction et que l’on revienne là où on a tous envie d’être : sur la plus haute marche du podium. On veut gagner le plus tôt possible, mais encore une fois les miracles n’existent pas en Formule 1. Quand on prend du retard, il est ensuite très difficile de le rattraper. Cela demandera du temps, mais je me donnerai à fond en espérant que l’on puisse très bientôt se battre de nouveau pour des victoires.

Lors de votre première participation au Grand Prix de Monaco au volant d’une Ferrari (en 2019. Ndlr), vous disiez que la plus grande difficulté pour un jeune pilote débarquant dans une grande écurie était non seulement d’apprendre à travailler avec beaucoup de personnes différentes, mais aussi de savoir pousser le développement d’une voiture dans ses moindres détails. Deux ans plus tard, estimez-vous avoir franchi un vrai palier dans votre façon de collaborer avec l’équipe ?

Aujourd’hui, je me sens nettement plus à la maison. Je me souviens très bien quand je suis arrivé chez Ferrari il y a deux ans de cela. J’étais un peu perdu parce que je devais composer avec tellement de personnes différentes. C’était fou ! Je ne savais pas vers qui me tourner. Avec le temps on s’y habitue et on apprend à connaître les personnes avec lesquelles on doit échanger en priorité. On vient justement de sortir d’une réunion dans laquelle de très nombreuses personnes de chez Ferrari étaient impliquées. On essaye de donner notre ressenti sur la voiture afin d’aider les ingénieurs à travailler sur des points bien précis. Pour en revenir à votre question, je me sens nettement plus à l’aise à l’intérieur du team désormais. Notre façon de travailler s’est améliorée. Je crois, de toute façon, qu’il est primordial de constamment chercher à progresser, car dans une écurie de la dimension de Ferrari il existe forcément un domaine dans lequel vous pouvez faire plus. Cela peut passer par une meilleure communication ou alors par un meilleur partage des informations. Ferrari évolue déjà à un très haut niveau. C’est une équipe qui a beaucoup d’expérience et notre travail consiste maintenant à perfectionner chaque détail pour permettre à l’écurie de progresser.

« J’aime beaucoup cette compétition (Les 24 Heures du Mans), mais à l’heure actuelle je suis concentré à 100% sur la Formule 1. Maintenant, si une opportunité se présente un jour pourquoi pas après tout ! »

Après en avoir été privé l’an dernier pour cause d’annulation, vous allez retrouver la manche monégasque au calendrier cette saison. Que ressentez-vous à l’idée de pouvoir de nouveau courir à domicile ?

Je suis tellement heureux de pouvoir rouler à la maison. Monaco est un Grand Prix très spécial pour moi. Je suis né ici et depuis tout petit je regarde les Grand Prix quand j’ai l’opportunité d’être en Principauté. J’ai toujours rêvé de participer à cette course-là. Apprendre que le Grand Prix ne pourrait pas avoir lieu fut vraiment difficile à encaisser l’an dernier, même si j’en comprenais parfaitement les raisons. La situation sanitaire ne permettait pas l’organisation d’une course en 2020, mais fort heureusement l’ACM est parvenu à trouver une solution cette année pour organiser l’épreuve de la manière la plus sûre possible. Je suis vraiment content de revenir à Monaco et de porter les couleurs monégasques sur le Grand Prix de Formule 1.

Jusqu’ici vous totalisez douze podiums en Formule 1, mais aucun d’entre eux n’a été récolté lors de votre Grand Prix à domicile. Que signifierait pour vous un premier podium à Monaco cette saison ?

Je suis particulièrement malchanceux depuis que je cours à Monaco. En Formule 2, je menais la course avant de rencontrer un problème de roue. L’an dernier nous n’avons pas couru, en 2019 cela s’est mal passé tout comme en 2018. Un podium à Monaco signifierait donc beaucoup pour moi. Mon premier souvenir du Grand Prix remonte à l’âge de quatre ou de cinq ans. Je me souviens avoir regardé la course sur le balcon de mon meilleur ami. Vous connaissez probablement déjà l’histoire puisque j’ai dû la raconter des millions de fois (sourire), mais je me rappelle avoir rêvé de faire partie de ces pilotes un jour. Aujourd’hui j’ai non seulement l’opportunité de courir pour une écurie prestigieuse comme Ferrari, mais j’ai aussi réalisé mon rêve en pilotant une Formule 1 dans les rues de Monaco. Décrocher enfin un grand résultat devant mon public, ma famille, mes amis et mes professeurs signifierait énormément pour moi. Certains de mes anciens enseignants commencent d’ailleurs à venir voir le Grand Prix. Ils comprennent, aussi, sans doute mieux pourquoi j’ai autant manqué l’école quand j’étais plus jeune (sourire). Un podium à Monaco vaudrait plus que n’importe quel autre podium.

Ferrari a, récemment, annoncé son grand retour en championnat du monde d’Endurance à compter de la saison 2023. Vous avez, d’ailleurs, laissé entendre qu’une participation aux 24 Heures du Mans ne serait pas pour vous déplaire. Était-ce une simple boutade ou une réelle volonté de vous frotter au mythique double tour d’horloge sarthois ?

J’avais dit ça un petit peu à la légère, mais les médias ont pris mes propos très aux sérieux (sourire). J’aime beaucoup cette compétition, mais à l’heure actuelle je suis concentré à 100% sur la Formule 1. Maintenant, si une opportunité se présente un jour pourquoi pas après tout ! Petit, j’ai souvent participé à des courses d’endurance en karting. D’ailleurs, cela reste encore aujourd’hui mes meilleurs souvenirs dans le monde du sport automobile. J’ai fait les 24 Heures de Brignoles (Var. Ndlr) et même les 42 Heures de Brignoles ! Je roulais avec Jules Bianchi, mon père (Hervé. Ndlr), mon grand frère (Lorenzo. Ndlr), mon petit frère (Arthur. Ndlr) et pas mal de pilotes de kart de cette époque. Ce sont des souvenirs que je n’oublierai jamais. Je pouvais rester 42 heures sans dormir. J’avais toujours envie de rouler ou de regarder les autres courir. Tous ces souvenirs font que j’ai peut-être encore plus envie de découvrir cette épreuve même si ce sera forcément très différent et beaucoup plus sérieux que ce que j’ai pu connaître étant enfant. On parle tout de même des 24 Heures du Mans !

Propos recueillis par Andrea Noviello

Charles Leclerc pense que la SF21 a gagné en maniabilité par rapport à sa devancière la SF1000.

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