logo warm up f1
Interview

Daniel Ricciardo : « Je savais où je mettais les pieds en signant chez Renault » (2/2)

Daniel Ricciardo Nice roashow 209 Daniel Ricciardo pense qu'il n'aurait rien accompli de plus s'il était resté chez Red Bull cette saison.
facebooktwittergoogle_plus

Star du roadshow organisé par Renault dans les rues de Nice, Daniel Ricciardo parle de sa relation avec le Grand Prix de France et revient sur les raisons qui l’ont poussé à quitter son ancienne équipe Red Bull pour relever le défi proposé par la marque au losange.

En quittant l’équipe qui a fait de lui l’un des pilotes les plus cotés du paddock, il a pris un risque. Un gros. Lassé par son rôle de figurant au sein d’une entité Red Bull entièrement dévouée à la cause de Verstappen, Daniel Ricciardo a préféré jouer la carte de l’émancipation cet hiver, quitte à repousser encore plus loin dans le temps ses desseins de titre mondial. Érigé dès son arrivée chez Renault comme le nouveau guide d’une écurie toujours en phase de construction, l’Australien n’a pas tardé à enfiler son costume de leader, insufflant à l’aide de sa bonne humeur communicative et de son sourire contagieux un vivifiant vent de fraîcheur dans les couloirs d’Enstone. Rapidement adopté par toute la maison jaune et noir, « Honey Badger » (blaireau à miel en français) peine pourtant à retrouver la flamboyance de ses années passées sous la bannière du taureau rouge. Pas aidé il est vrai par les performances très moyennes de la RS19 et par la fiabilité toute relative (trois casses sur les quatre premiers Grand Prix Ndlr) du groupe propulseur français, celui que tout le paddock a affectueusement surnommé « Smiling » tente de faire front, conscient de la difficulté du défi qui l’attend. Venu en voisin (il réside sur Monaco depuis près de six ans maintenant Ndlr) assurer la promotion du prochain Grand Prix de France le temps d’un roadshow organisé par la marque au losange sur la Promenade des Anglais à Nice, le pilote Renault explique, entre deux dérapages fumants au bord de la Méditerranée, les raisons de son départ de Red Bull et en profite pour donner son opinion sur le circuit Paul-Ricard.

En huit saisons de Formule 1, vous avez été amenés à courir sur vingt-sept circuits différents à travers le monde. À quel rang classeriez-vous le Paul-Ricard parmi cette longue liste de tracés ?

Le tracé en lui-même est assez intéressant. Son seul problème ? Il est beaucoup trop ouvert ce qui retire une part de risque. Si les murs étaient positionnés plus proches de la piste, le circuit deviendrait vraiment amusant. Non seulement la prise de risque serait davantage récompensée, mais les pilotes ressentiraient aussi nettement plus le danger qu’à l’heure actuelle. De tels changements pourraient vraiment être sympas. Après si l’on s’attarde plus précisément sur les virages, on s’aperçoit qu’ils sont plutôt plaisants. Le dernier secteur est notamment très piégeux et vraiment technique à négocier. Beaucoup de virages offrent plusieurs points de corde ce qui rend la recherche de la bonne trajectoire encore plus difficile. Mais d’un autre côté, cela permet à un pilote d’adopter une ligne différente pour tenter ensuite de surprendre son adversaire au freinage suivant. Le Paul-Ricard n’est vraiment pas un mauvais circuit. Je ne sais pas à quel rang je le classerais, mais c’est un bon tracé. J’aimerais juste que les murs soient un peu plus proches.

Lewis Hamilton a un peu égratigné le circuit Paul-Ricard l’an dernier, lui reprochant notamment sa trop grande permissivité. L’absence totale de bac à sable ou d’herbe autour de la piste ne le rend-t-il pas trop artificiel ?

J’en reviens à ce que j’évoquais juste à l’instant. S’ils rapprochaient un peu les murs, les pilotes se retrouveraient nettement plus souvent sur le fil du rasoir. L’an dernier, un incident s’est produit dans le virage 1 et plusieurs voitures ont été capables de l’éviter en coupant simplement tout droit dans l’échappatoire. Il serait peut-être judicieux d’implémenter quelque chose à ces endroits-là, peu importe que ce soit un mur, une barrière ou du gravier. Je sais que le Paul-Ricard est un circuit d’essais, mais si nous sommes amenés à venir courir plusieurs années ici en F1, alors il serait bien que les organisateurs trouvent des solutions pour mieux délimiter les limites de la piste. Le tracé en lui-même est sympa, mais il faudrait apporter des modifications dans ces zones de dégagements bitumées afin qu’un pilote ne s’en sorte pas aussi facilement en cas de freinage manqué ou de tout droit.

Cet hiver vous avez, à la surprise générale, décidé de quitter le cocon Red Bull pour rejoindre les rangs de l’écurie Renault. Après six courses disputées sous vos nouvelles couleurs, êtes-vous toujours convaincus d’avoir effectué le bon choix ?

Complètement. Je savais très bien que nous ne démarrerions pas la saison devant les Red Bull. Je suis préparé à ça, je m’y attendais. Bien sûr quand vous obtenez un résultat conforme à vos possibilités du moment, vous êtes satisfaits. Mais vous n’allez pas, pour autant, le célébrer comme s’il s’agissait d’une victoire ou d’un podium. Encore une fois, je m’y étais préparé. Je savais qu’il faudrait du temps avant que nous réussissions à briller. En Chine, je ne termine que septième de la course, mais ce jour-là j’ai obtenu le meilleur résultat possible. J’ai donc quitté cette course avec la satisfaction du travail accompli. Si j’étais resté chez Red Bull, j’aurais peut-être fini quatrième ou au pire des cas dans le top cinq. Or, c’est exactement ce que j’ai connu ces cinq dernières années. Je n’aurais rien accompli de plus en restant avec eux. Les gens ont souvent tendance à dire : « regardes où est Red Bull et regardes où se situe Renault ». J’en ai pleinement conscience. Je savais que l’on ne démarrerait pas la saison à leur niveau. L’objectif est de s’en approcher le plus rapidement possible. J’espère que nous y parviendrons.

« En dehors des circuits, Senna était aimé de très nombreuses personnes parce que c’était avant tout quelqu’un de très humble. Il semblait vraiment gentil. Sur les circuits en revanche, Ayrton était craint de tous. Il était impitoyable, c’était un véritable tueur »  

Renault a essuyé de très nombreuses casses de son MGU-K depuis l’ouverture du championnat. Avant de poursuivre sa quête de la performance, l’écurie française ne va-t-elle pas devoir d’abord renforcer la fiabilité de ses blocs ?

Oui, malheureusement. On a sensiblement gagné en performance cette année. Le groupe propulseur est nettement plus puissant désormais, mais ce gain a en partie été obtenu au détriment de la fiabilité. On va donc devoir accorder un peu plus d’attention à ce facteur-là. On aura des nouveautés à Barcelone (entretien réalisé avant le Grand Prix d’Espagne Ndlr), cela devrait nous aider. L’équipe va devoir mettre la performance un petit peu de côté pendant un moment afin de se concentrer sur l’amélioration de la fiabilité. Quand on est pilote, on n’aime pas trop en général entendre ce genre de discours. Mais d’un autre côté, on veut aussi terminer les courses. Il est important que l’équipe se focalise sur ce problème.

Votre incident avec Daniil Kvyat à Bakou (Azerbaïdjan) restera, sans doute, comme l’une des images les plus cocasses de la saison. Que vous est-il arrivé ce jour-là ? Avez-vous simplement oublié de jeter un œil dans vos rétroviseurs avant d’enclencher la marche arrière ?

Lorsque j’ai été interviewé après la course, je pensais réellement qu’il s’agissait d’un geste de panique. Je croyais avoir reculé sans vraiment regarder dans mes rétroviseurs. Quand vous commettez une erreur en course, vous êtes un peu dans l’urgence et vous voulez vous sortir de ce guêpier le plus rapidement possible. À ce moment-là, j’imaginais donc avoir commis une erreur d’inattention. Entre-temps, j’ai pu visionner les images de la caméra embarquée. On voit distinctement ma tête tourner sur un côté. En réalité, j’ai regardé dans le rétroviseur de droite, car la ligne de course se situe sur la droite dans ce virage-là. Je n’ai prêté attention qu’à l’arrivée d’éventuelles autres voitures, car j’étais persuadé que Daniil avait poursuivi sa route. Je ne savais pas qu’il était, lui aussi, resté coincé dans l’échappatoire. Il s’est retrouvé sur ma gauche et je n’ai ainsi pas pu éviter le contact. Clairement, c’était un accident stupide. Mais il ne l’est pas autant que ce que j’aurais pu penser au début. Je suis même certain que je finirai par en rire un jour (rires).

La Formule 1 a célébré le 1er mai dernier le vingt-cinquième anniversaire de la disparition d’Ayrton Senna à Imola. Que représentait-il pour vous ? Un modèle ? Une source d’inspiration ?

Exactement. Ayrton était un héros. La qualité dont j’ai cherché à m’inspirer le plus chez lui, c’est sa capacité à redevenir au quotidien une personne totalement différente du compétiteur acharné qu’il pouvait être en piste. En dehors des circuits, Senna était aimé de très nombreuses personnes parce que c’était avant tout quelqu’un de très humble. Il semblait vraiment gentil. Sur les circuits en revanche, Ayrton était craint de tous. Il était impitoyable, c’était un véritable « tueur » ! Je crois avoir, en un sens, toujours eu cette qualité en moi. J’ai constamment été décrit comme une personne sympathique, mais beaucoup de monde dit aussi de moi que je suis un « tueur ». Ayrton reste, sans aucun doute, le pilote qui incarnait le mieux cette dualité. Il était celui que j’essaye de devenir, mais aussi celui que je savais pouvoir devenir à l’intérieur. Ce trait de caractère, je l’ai réellement développé quand j’ai rejoint Red Bull à 24 ans. Sur la piste, je suis non seulement devenu très agressif, mais je me suis également forgé une réputation de « gros » doubleur. Le tout, en restant un bon gars. Mais Senna savait le faire mieux que quiconque.

Propos recueillis par Andrea Noviello

Daniel Ricciardo selfie Nice

Daniel Ricciardo aimerait que les murs du circuit Paul-Ricard soient plus proches de la piste.

facebooktwittergoogle_plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*