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Grand Prix de Russie

Course : Hamilton l’art sans la manière

Lewis Hamilton course Russie 2018 Favorisé par les consignes d'équipe, Lewis Hamilton empoche en Russie son 8ème succès de la saison.
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Jamais réellement en mesure de venir menacer son coéquipier en piste, Lewis Hamilton a bénéficié des consignes d’équipe de Mercedes pour remporter le Grand Prix de Russie, seizième étape de la saison 2018 de Formule 1. Probablement pas le plus fort à Sotchi, le Britannique empoche toutefois la 70ème victoire de sa carrière en F1 et porte son avance au championnat à 50 points. Deuxième d’une course qu’il aurait dû gagner, Valtteri Bottas précède sur le podium la Ferrari de Sebastian Vettel.

La dernière fois qu’elle avait eu recours à des consignes d’équipe aussi visibles et injustes, ses pilotes se nommaient encore Lewis Hamilton et Nico Rosberg. Si en ce 24 mars 2013 Red Bull avait déjà défrayé la chronique avec son désormais célèbre « Multi 21 », Mercedes avait, elle aussi, transgressé les règles élémentaires du sport dans la touffeur de Sepang. En refusant de laisser à l’Allemand l’opportunité d’attaquer un Hamilton pourtant moins rapide que lui, la firme à l’étoile s’était, non seulement, attirée les foudres des puristes, mais avait surtout sérieusement entaché sa réputation, elle qui courait toujours derrière son glorieux passé. Principal responsable de ce tour de bisbille politico-stratégique, Ross Brawn allait rapidement devoir s’effacer de l’échiquier pour permettre au duo Toto Wolff-Niki Lauda d’insuffler à Brackley une autre vision de la course. Plus sportive. Plus humaine aussi.

Pendant trois ans, soit le temps où Mercedes régna sans partage sur la discipline, le tandem le plus charismatique du paddock n’a pas dérogé à ses principes, offrant les mêmes chances de sacre à Rosberg qu’à Hamilton. Mais le retour dans le match de Ferrari l’an dernier a tout bouleversé. Déjà perceptible en 2017, ce changement d’approche dans les rangs des champions du monde en titre a pris une toute nouvelle tournure dans le 25ème tour du Grand Prix de Russie. Imperturbable leader depuis le départ, Valtteri Bottas recevait l’ordre par radio de s’écarter devant son chef de file. Touché dans son orgueil, le Finlandais obtempéra de manière ostentatoire à l’amorce du virage 13, offrant bien malgré lui au Britannique son 70ème succès en Formule 1. « Valtteri méritait de gagner aujourd’hui, consent presque gêné le Britannique. Il a été exceptionnel tout le week-end. En me laissant passer de la sorte, il s’est conduit comme un vrai gentleman. Ce doublé constitue un excellent résultat pour le team. En temps normal nous en serions ravis. Je conçois que ce soit difficile pour Valtteri, car j’ai gagné sa course. »

Le festival Verstappen

Installé en pole pour la première fois de la saison depuis le Grand Prix d’Autriche, Bottas tire habillement parti de sa position de pointe à l’extinction des feux. Mieux parti que son grand rival au championnat, Vettel croit, un bref instant, pouvoir griller la politesse à Hamilton avant que l’aspiration offerte par la Mercedes de tête à celle du natif de Stevenage ne condamne l’Allemand de chez Ferrari à rester sagement derrière les deux flèches d’argent. Si rien ne bouge dans le quatuor de tête, Charles Leclerc et surtout un survolté Max Verstappen vont se charger de dynamiter le peloton. Déjà parvenu à souffler la sixième place à la Force India d’Ocon au départ, le Monégasque se joue brillamment de la Haas de Kevin Magnussen dans le 2ème tour, grimpant à une cinquième place qu’il va être en mesure de conserver jusqu’au retour du Néerlandais. Démoniaque dans le 1er tour de course, il gagne six places au détriment de Stroll, Sirotkin, Alonso, Vandoorne et Gasly, le pilote Red Bull élimine les deux Renault d’Hulkenberg et de Sainz la boucle suivante puis se charge du cas Ericsson.

Remonté dans la zone des points en l’espace de trois petits tours, Verstappen ne s’arrête pas en si bon chemin, le fils de Jos dépossédant dans la foulée la neuvième place à la Haas de Grosjean. Impressionnant d’aisance dans ses dépassements, le Batave règle son compte aux deux Force India de Perez et d’Ocon avant de se débarrasser toute aussi facilement de la seconde Haas de Magnussen. La Sauber du débutant Leclerc n’opposant guère plus de résistance, le pilote Red Bull se hisse au cinquième rang dès le 8ème passage, une véritable prouesse d’autant que sur la même machine Daniel Ricciardo s’est péniblement porté en douzième position. « J’avais une très bonne motricité dans les virages, explique le natif d’Hasselt. Le fait de pouvoir choisir nos pneus au départ et ainsi de définir notre stratégie comme bon nous semble nous a également bien aidé aujourd’hui. » Contraint, à l’inverse de Verstappen, de s’élancer avec les mêmes gommes (hypertendres) qu’il avait utilisé la veille pour décrocher le cinquième chrono des qualifications, Magnussen voit ses temps au tour rapidement s’effondrer ce qui l’incite à anticiper son arrêt au stand dès la 10ème boucle.

Mercedes la consigne de la discorde

La valse des changements de pneus lancée, Leclerc (11ème tour), Ocon (11ème tour), Bottas (13ème tour) et Vettel (14ème tour) imitent le Danois en chaussant leurs monoplaces respectives de gommes tendres. Maintenu en piste deux tours de plus que son coéquipier, Hamilton plonge finalement dans la pit-lane à l’amorce du 15ème passage. Relâché par ses mécaniciens au bout de 2,5 secondes d’immobilisation, le fer de lance de la firme à l’étoile abandonne sa deuxième place (virtuelle) à Vettel, l’Allemand ayant profité de ses pneus neufs et du tour de trop effectué par l’Anglais pour venir s’intercaler entre les deux Mercedes. Incrédule devant le raté stratégique de son équipe, Hamilton ne tarde toutefois pas à corriger le tir. Après une première tentative avortée au bout de l’interminable ligne droite menant au virage 2, Vettel changeant de ligne à deux reprises pour empêcher tout dépassement, le natif de Stevenage s’offre le scalp de « Baby-Schumi » au virage 4, récupérant avec autorité une place que son équipe lui avait bêtement fait perdre au stand.

Éphémère leader du Grand Prix, Räikkönen rentre logiquement opérer son changement de pneus au 19ème passage, laissant désormais le soin à l’ébouriffant Verstappen de dicter le rythme à l’avant du peloton. Trop heureux de trôner en tête d’une course à laquelle il s’élançait depuis la dix-neuvième place sur la grille, le Néerlandais s’en donne à cœur joie, se permettant même de tenir la dragée haute à des Mercedes prétendument plus rapides que lui. Revenu un temps à moins d’une seconde de Bottas, Hamilton a de nouveau perdu le contact avec le Finlandais quand les stratèges de la firme à l’étoile choisissent de mettre un terme au combat. Prétextant un risque de blistering sur les gommes arrière de l’Anglais, Mercedes ordonne à son pilote numéro deux de s’effacer devant son leader dans le 25ème tour. « Je m’y attendais, confie à l’arrivée un Bottas dépité. Lewis se bat pour le championnat du monde, moi non. Nous avons toujours un plan avant le départ, mais il est difficile de prédire ce qu’il va réellement se passer. Du point de vue de l’équipe le résultat d’aujourd’hui est idéal. Pour moi en revanche … »

Leclerc engrange

La lutte pour la victoire étant désormais privée de tout intérêt, il faut alors se tourner vers le cœur du peloton pour assister à un semblant de duel. Ocon ne trouvant pas l’ouverture sur un Magnussen comme toujours très coriace en phase défensive, Force India autorise Perez à tenter sa chance face au Danois à condition, toutefois, de relaisser passer le Français s’il venait, lui aussi, échouer dans sa quête de la neuvième place. Propulsé, par son équipe, dans la zone des points au 26ème tour, « Checo » va s’échiner plus de dix boucles derrière la Haas du Nordique sans jamais pouvoir ne serait-ce que rentrer dans la zone DRS. Le pari Perez ne portant guère ses fruits, l’écurie racheté par Lawrence Stroll inverse de nouveau les positions au 37ème passage, Ocon récupérant une dixième place qui se transforme aussitôt en neuvième position grâce au pit-stop ultra-tardif de la Renault d’Hulkenberg. Rappelé, lui aussi, très tardivement à son box, Ricciardo profite de son arrêt au 40ème tour pour changer un aileron-avant légèrement endommagé (au niveau des ailettes) par des débris au départ.

Nanti d’une marge suffisante (près de 40 secondes) pour ne pas être inquiété par la Sauber de Leclerc, « Smiling » reprend logiquement sa route en sixième position, loin très loin derrière l’autre Red Bull de Verstappen. Resté en piste jusqu’à dix boucles de l’arrivée, le petit protégé d’Helmut Marko a finalement sacrifié à son changement de gommes obligatoire au 44ème passage, reculant à une cinquième place qu’il ne tentera même pas de bonifier en fin de course, préférant au contraire sagement économiser son moteur en vue de la prochaine échéance de Suzuka. Élu pilote du jour pour l’ensemble de sa formidable remontée, il aura gagné quatorze places en tout dont six dans le seul 1er tour, Verstappen signe une nouvelle prestation de haut vol deux semaines après avoir déjà illuminé le Grand Prix de Singapour. Autre grand acteur de ce dimanche après-midi, Charles Leclerc confirme, quant à lui, son beau résultat de la veille en classant sa Sauber à une superbe septième place au terme d’une course parfaite de bout en bout.

Andrea Noviello

Max Verstappen course Russie 2018

Au terme d’une remontée de folie, Max Verstappen décroche une splendide 5ème position à Sotchi.

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