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Grand Prix de Singapour

Course : Leclerc voit rouge

Charles Leclerc course Singapour 2019 Piégé par l'undercut de Vettel, Charles Leclerc ramène sa Ferrari à la deuxième place du Grand Prix.
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Privé d’un potentiel troisième succès consécutif par la stratégie douteuse de son écurie Ferrari, Charles Leclerc a arraché une deuxième place au goût amer lors du Grand Prix de Singapour, quinzième étape de la saison 2019 de Formule 1. Furieux d’avoir dû céder le leadership à son coéquipier Vettel dans les stands, le Monégasque récolte tout de même dix-huit points précieux qui lui permettent de s’installer à la troisième place du championnat.

Ce 21ème tour du Grand Prix de Singapour, Charles Leclerc s’en souviendra longtemps. Cet épilogue douloureux, il le ressassera encore et encore avant que le temps et de nouveaux succès ne le fassent progressivement disparaître de son esprit. Béante au moment de franchir le drapeau à damier en deuxième position derrière son coéquipier Sebastian Vettel, la plaie du Monégasque finira bien par se refermer un jour. Mais la cicatrice demeurera, elle, pour toujours. Touché dans son orgueil et sa fierté de champion, le petit prodige de la Scuderia n’oubliera pas de sitôt le « sale » tour que lui a joué l’écurie la plus titrée de l’histoire à l’occasion de ce quinzième rendez-vous du championnat. Proclamé par les tifosis comme le nouveau leader de Maranello depuis son somptueux triomphe de Monza, le champion 2017 de Formule 2 n’a visiblement pas (encore) totalement conquis les grands décideurs du team transalpin. Sinon, comment expliquer la stratégie appliquée ce dimanche par Ferrari dans les rues de Marina Bay ?

Sans « l’undercut » offert à son voisin de garage une boucle avant son propre changement de gommes, Leclerc aurait (très) probablement empoché sur les terres de l’ancienne colonie britannique son troisième succès consécutif tant sa maîtrise en course était totale. Outre un départ une nouvelle fois négocié d’une main de maître, le protégé de Nicolas Todt s’était montré tout aussi impérial lors d’un premier relais où il s’évertua, avant tout, à bien gérer la dégradation de ses gommes tendres. Leader incontesté d’un Grand Prix qui, casse mécanique exceptée, ne semblait pas pouvoir lui échapper, le fer de lance de la Ferrari Driver Academy a vu son après-midi basculer sur un coup de poker stratégique des hommes de Mattia Binotto. Ressorti de la voie des stands derrière Vettel, le natif de Monaco devait, dès lors, sacrifier ses desseins de victoire pour assurer le premier doublé de la Scuderia en 2019. « C’est toujours difficile de perdre une victoire, lâche le visage fermé l’ex-pilote Sauber dans le carré des interviews. Je dois toutefois me réjouir de ce résultat pour le team. En arrivant ici, on espérait simplement un podium donc un doublé c’est top ! Mais ce n’est clairement pas le résultat que j’escomptais. »

L’undercut de la discorde

Désormais familier de cette position de pointe sur la grille de départ (il s’élance en pole pour la cinquième fois de la saison), Leclerc prend un envol parfait à l’extinction des feux et conserve l’avantage qu’il s’était offert la veille en qualification sur la Mercedes de Lewis Hamilton et la Ferrari sœur de Vettel. Soucieux de vivre un dimanche après-midi moins stressant qu’à Monza, le Monégasque s’applique d’emblée à se détacher du quintuple champion du monde, signant le meilleur tour en course dès le 3ème tour. Contraint et forcé d’adopter un faux-rythme (il tourne douze à treize secondes moins vite qu’en qualification) pour ne pas martyriser ses si fragiles pneus Pirelli, le pilote Ferrari maintient la Mercedes du Britannique autour de la seconde tout en contrôlant la cadence (relativement faible) du peloton. Persuadé de devoir se battre qu’avec le seul Hamilton, l’enfant prodige de la Principauté ne se méfie guère quand la Scuderia anticipe le changement de gommes de son coéquipier Vettel dans la 20ème boucle. Une erreur de jugement qui sera lourde de conséquences.

Appelé à son stand un tour après Vettel, Leclerc monte logiquement les gommes dures, mais repart (en huitième position) derrière la Ferrari flanquée du numéro 5 en dépit d’un pit-stop exécuté avec plus de rapidité que celui de son voisin de garage (2,4 secondes contre 3 secondes à l’Allemand). La course vient de changer de main. La victoire est sur le point de filer entre les doigts du champion 2016 de GP3. « Je n’ai pas du tout vu venir le coup de l’undercut, déplore la figure de proue de la Ferrari Driver Academy à sa descente de voiture. J’ai suivi à la lettre le plan qui avait été fixé. J’ai été très lent au début pour pouvoir accélérer à la fin. Ce qui s’est passé n’était pas prévu et n’a jamais été évoqué lors du meeting d’avant course. » Furieux devant ce qu’il qualifiera plus tard d’injustice, Leclerc laisse aussitôt transparaître son courroux et son incompréhension à la radio. Invité par son ingénieur de course à se reconcentrer sur son travail au volant, le natif de Monaco s’exécute consciencieusement sans pour autant perdre l’occasion d’exprimer, une nouvelle fois, le fond de sa pensée.

« Les gars le méritent vraiment »

Remonté au sixième rang à la faveur du double arrêt des Mercedes de Valtteri Bottas (23ème tour) et de Lewis Hamilton (27ème tour), Leclerc va par la suite éprouver quelques difficultés à se défaire de la modeste Racing Point de Lance Stroll. Distancé par Vettel, lequel s’est également joué de la Renault de Daniel Ricciardo, le Monégasque se débarrasse finalement du Canadien au 29ème passage sur un dépassement d’école dans Memorial. Revenu la boucle suivante sur les talons du pilote Renault, le protégé de Nicolas Todt doit toutefois attendre un tour de plus pour déposséder l’Australien de la quatrième place. Dans le même temps, la Ferrari sœur de Vettel a déjà récupéré les commandes du Grand Prix après avoir effacé, non sans brio, la Toro Rosso de Pierre Gasly et l’Alfa Romeo d’Antonio Giovinazzi. Quand le champion 2017 de Formule 2 y parvient lui aussi au 33ème tour, l’écart qui le sépare de son coéquipier a grimpé à six secondes. Autant dire un gouffre. Mais l’enfant prodige de la Principauté ne s’avoue pas encore vaincu.

Blessé dans son amour propre, Leclerc utilise sa frustration comme un surcroît de motivation dans sa chasse à l’autre Ferrari de Vettel. L’incident Russell-Grosjean (36ème tour) et l’abandon de l’autre Racing Point de Sergio Perez (43ème tour) lui offrent alors deux occasions de récupérer un bien (la première place) qui lui a injustement été enlevé par sa propre écurie lors de son passage par les stands. Il n’en fera rien, « Baby-Schumi » gérant à chaque fois avec talent la relance de la course. De nouveau coupé dans son élan par l’incident Kvyat-Räikkönen (50ème tour), le Monégasque finira finalement par se résigner à cette place de second (la Scuderia lui ayant notamment refusé une hausse de la puissance moteur pour attaquer Vettel), sécurisant ainsi le premier doublé de l’écurie italienne depuis celui décroché il y a de cela deux ans par le duo Vettel-Räikkönen en Hongrie. « Les gars le méritent vraiment, confie le natif de Monaco en interview d’après Grand Prix. Ils ont travaillé si dur pour en arriver là. Attendons de voir ce qu’il se passe lors des prochaines courses, mais les choses se sont bien améliorées ici et c’est très positif pour nous. »

Andrea Noviello

Charles Leclerc podium Marina Bay 2019

Leclerc et Vettel signent dans le désordre le 84ème doublé de l’histoire de la Scuderia Ferrari en F1.

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