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Interview

Yvon Amiel : « Une histoire complètement imaginaire avec des ancrages dans la réalité »

Yvon Amiel expo Monaco Yvon Amiel a déjà reçu les visites de Charles et d'Arthur Leclerc sur l'exposition "Antoine le Pilote".
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De passage à la Collection de Voitures du Prince de Monaco, l’illustrateur cannois présente le dernier opus des aventures d’« Antoine le Pilote » et parle de l’exposition consacrée à son héros de bande-dessinée.

Ses premières bandes-dessinées, il les imagina au Maroc. Inspiré par ses lectures quasi-quotidiennes des œuvres de Franquin et de Jean Graton, Yvon Amiel développe son art dans sa ville natale de Rabat, là-même où il se découvre une passion dévorante pour le sport automobile. Fasciné par l’univers de la course, ce fils de libraires (son père était le directeur de la grande librairie de Rabat tandis que sa mère tenait une petite librairie d’ouvrages d’occasion. Ndlr) peaufine son coup de crayon pendant toute son adolescence avant de tenter sa chance, sur les conseils de son oncle Jacky, auprès des plus grandes rédactions parisiennes. Publié par le magazine Auto-Hebdo à seulement dix-sept ans, celui qui a entre-temps élu résidence sur la Côte d’Azur s’impose très vite comme l’un des dessinateurs de presse les plus réputés de la profession (il collabore avec L’Auto-Journal, Echappement, Gentlemen Drivers … Ndlr) ce qui ne l’empêche pas pour autant de mener des brillantes études de chirurgien-dentiste en parallèle. Diplômé de la Faculté Dentaire de Nice en 1985, l’illustrateur au trait élégant et expressif ouvre dans la foulée son propre cabinet dans la ville voisine de Cannes, épousant ainsi une profession à laquelle il restera dévoué pendant trente-cinq longues années. Définitivement rangé des fraises, sondes et autres bistouris depuis l’an dernier, le neveu du célèbre écrivain marocain Alain Amiel consacre désormais tout son temps à sa première passion et à son héros de BD « Antoine le Pilote ». Venu en voisin à la Collection de Voitures du Prince de Monaco, le résident cannois profite d’un court instant de répit dans un agenda bien rempli pour présenter le treizième opus de la saga (« Antoine au Grand Prix de Monaco ». Ndlr) et revenir sur l’exposition consacrée au célèbre personnage issu de son imaginaire.

« Antoine le pilote » s’est installé sur le rocher le 19 décembre dernier pour une exposition inédite de deux mois (entretien réalisé avant l’annonce de la fermeture du Musée de l’Automobile de Monaco pour cause de Covid. Ndlr). Que présentez-vous aux amoureux de bande-dessinée et de sport automobile ?

On présente la palette complète des productions « Antoine le Pilote ». Cela va des tableaux VROOAARTs aux plexiglas aluminium, en passant par la collection de figurines, les statues ou encore l’Art Car Mini-Cooper. Dans les statues, celle de Charles Leclerc est bien évidemment la plus emblématique et la plus belle ici. Les visiteurs de l’exposition pourront également observer celles à l’effigie d’Alain Prost ou encore d’Ayrton Senna. La Lotus turbo 1987 d’Ayrton représente, d’ailleurs, la pièce maîtresse de cette exposition. Senna a remporté la course au volant de cette F1 qui figure dans le nouvel album. On ne retrouve, du reste, que des vainqueurs du Grand Prix de Monaco dans ce treizième opus (Charles Leclerc et Jules Bianchi exceptés. Ndlr).

Combien d’heures de travail ont-elles été nécessaires pour transposer cette Lotus 99T de votre planche à dessin à sa forme finale de statue ?

C’est difficilement quantifiable en termes d’heures de travail, mais je sais que la fabrication a duré six à huit mois. C’est tout bonnement énorme ! On a, littéralement, extrait la voiture de l’album afin qu’elle existe avec ses roues ovales et sa taille caricaturale. Aujourd’hui elle est réelle, elle existe et elle fait figure de pièce maîtresse de cette exposition. Cette statue a été fabriquée par Fernando Grande, un véritable orfèvre dans son domaine. Il a conçu cette auto de toutes pièces et grâce à lui les gens peuvent l’admirer en vrai. J’espère maintenant que l’on pourra continuer à l’exposer par la suite. On a, notamment, évoqué la possibilité de l’exposer dans les locaux de l’Automobile Club de Monaco pendant le Grand Prix. On voudrait que cette statue ait une jolie carrière d’exposition avant d’être, un jour, vendue à un amateur.

Non contente de ravir petits et grands, l’exposition « Antoine le Pilote » revête aussi une vraie dimension caritative puisque de nombreux objets présentés au public seront ensuite vendus aux enchères …

Complètement. Tous les casques d’artistes seront vendus aux enchères au profit des enfants malades des hôpitaux de Monaco ou d’ailleurs. La bâche VIP sera aussi mise à la vente une fois qu’elle aura été signée par des pilotes et autres célébrités. Valérie Closier (directrice de la Collection de Voitures du Prince de Monaco. Ndlr) et moi avons, à ce titre, programmé une séance de dédicaces le 30 janvier prochain au sein du Musée de l’Automobile. Nous allons inviter le plus de VIP possible. Cela ira du président de la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile. Ndlr) Jean Todt aux pilotes de Formule 1 comme Charles Leclerc que l’on espère faire revenir à l’exposition.

« Je voulais redessiner de belles voitures, de beaux décors, mais aussi intégrer Charles Leclerc à l’aventure. Tous les ingrédients étaient réunis pour refaire une histoire sur le Grand Prix de Monaco »

Les retours du public ont-ils été positifs jusqu’ici ?

D’après ce que j’ai pu entendre, Valérie Closier semble très contente de l’exposition. Les visiteurs sont relativement nombreux et intéressés. Alors certes, on est un petit peu handicapé par cette période du Covid. Les gens ne viennent peut-être pas facilement sur Monaco, mais toujours est-il que les retombées sur les réseaux sociaux sont très bonnes. Je reçois beaucoup de messages ou de photos de personnes qui sont venues visiter l’exposition.

Cette exposition inédite en Principauté est, aussi, l’occasion pour vous de présenter aux lecteurs le treizième opus de la saga, « Antoine au Grand Prix de Monaco ». Comment ce nouveau numéro a-t-il germé dans votre esprit ?

Cela faisait un moment que je voulais redessiner un album sur le Grand Prix de Monaco. J’avais déjà réalisé un opus dans lequel j’avais apporté moins d’attention aux décors. Je souhaitais, cette fois, m’attacher davantage aux détails du circuit pour faire en sorte que chaque virage soit bien reconnaissable. Je voulais redessiner de belles voitures, de beaux décors, mais aussi intégrer Charles Leclerc à l’aventure. Tous les ingrédients étaient réunis pour refaire une histoire sur le Grand Prix de Monaco.

Associer l’étoile montante du sport automobile monégasque au Grand Prix le plus renommé du calendrier était-il une évidence pour vous ?

Tout à fait. Un Monégasque qui court à ce niveau-là, ce n’est quand même pas banal. Il fallait que Charles Leclerc soit présent dans cette nouvelle histoire. C’était même une obligation.

« J’ai le luxe de pouvoir tout me permettre et je dois reconnaître que c’est génial. Dans cette histoire, on fait notamment intervenir Ayrton Senna. Senna face à Leclerc, vous imaginez le truc ? »

Dans ce treizième album, votre héros revient pour la première fois sur les terres de l’une de ses précédentes aventures. Le prestige de l’épreuve princière a-t-il pesé dans votre choix ?

Absolument. On parle constamment de la triple couronne Monaco-Le Mans-Indianapolis. On ne se lasse pas de Monaco. La première histoire en Principauté datait de 2012. Alors certes l’album n’avait ensuite été publié qu’en 2016, mais cela laissait largement assez de temps entre les deux parutions. Et encore une fois, je voulais vraiment refaire quelque chose à Monaco.

Après avoir précédemment officié au volant de la March 711 (dans l’album numéro 4. Ndlr), « Antoine » affronte cette fois les tortueuses routes de la Principauté à bord de la sublime Jordan 191. Doit-on y voir un clin d’œil à Michael Schumacher ?

Je dirais qu’il s’agit avant tout d’un choix esthétique. De l’avis général, cette Jordan 191 est l’une des plus belles F1 de tous les temps. Elle a des lignes totalement épurées, pas d’ailerons ou de morceaux de carbone dans tous les coins. L’esthétique a donc primé dans ma décision. Le côté Michael est un peu plus anecdotique pour moi. J’avais réalisé un petit sondage sur les réseaux sociaux et la Jordan était sortie du lot. À titre personnel j’aimais aussi beaucoup cette voiture.

Comme dans les précédents albums, vous plongez les lecteurs dans un véritable voyage à travers le temps puisque votre héros « Antoine » doit en découdre avec des champions de toutes les époques de la Formule 1 …

Exactement. C’est d’ailleurs la caractéristique générale d’« Antoine le Pilote ». Il est totalement intemporel. Il faut que l’on puisse relire l’histoire dans dix ou quinze ans sans que cela soit démodé. Si j’avais mis un Sergio Perez ou un Lance Stroll, cela n’aurait pas été la même chose. Je ne suis pas certain que le grand public se souvienne d’eux dans dix ans. J’ai le luxe de pouvoir tout me permettre et je dois reconnaître que c’est génial. Dans cette histoire, on fait notamment intervenir Ayrton Senna. Senna face à Leclerc, vous imaginez le truc ? Charles n’était même pas né à l’époque où Ayrton courait. Je peux m’autoriser des choses alors je ne me gêne pas !

« L’objectif de la BD c’est aussi de transmettre aux nouvelles générations. En lisant un album avec son fils ou son petit-fils, un papa ou un papy va se dire : cela me fait penser à cette course ou encore j’ai connu tel pilote, telle voiture »

Vous prenez également un malin plaisir à mêler la fiction et la réalité dans vos albums comme en témoigne différents faits de course directement inspirés de l’histoire de la Formule 1 et repris dans l’opus « Antoine au Grand Prix de Monaco ». De quelle manière les sélectionnez-vous ?

Disons que ce sont des faits de course qui m’ont marqué personnellement parce que pour certains je les ai vécus. Beltoise ce n’est probablement pas le cas, car cela remonte quand même à loin. Il n’empêche que j’ai encore regardé le Grand Prix de Monaco 1972 à la télé il n’y a pas si longtemps que ça. Jean-Pierre a bondi de la deuxième ligne de la grille sous la pluie pour prendre la tête du Grand Prix. Je ne dévoile rien, mais cela se passe comme ça aussi dans l’album. Avec sa BRM rouge et blanche, il va jaillir de la deuxième ligne pour surgir au commandement de la course. La suite n’est peut-être pas tout à fait identique à la réalité (sourire)

D’autres événements marquants du Grand Prix de Monaco semblent vous avoir inspiré dans ce nouvel album. Le vol plané de Derek Daly au départ de l’édition 1980 est-il le plus mémorable d’entre eux ?

Certainement. Tout le monde se souvient du crash de Derek Daly à Sainte-Dévote (l’Irlandais s’était envolé sur l’Alfa Romeo de Bruno Giacomelli avant de retomber sur la McLaren d’Alain Prost puis d’emboutir la Tyrrell de son coéquipier Jean-Pierre Jarier. Ndlr). « Antoine le Pilote » c’est ça : une histoire complètement imaginaire avec des ancrages dans la réalité. L’objectif de la BD c’est aussi de transmettre aux nouvelles générations. En lisant un album avec son fils ou son petit-fils, un papa ou un papy va se dire : « cela me fait penser à cette course ou encore j’ai connu tel pilote, telle voiture ». Avec « Antoine le Pilote » on aspire non seulement à raconter des choses réelles aux enfants, mais aussi à faire plaisir aux adultes.

En parlant d’enfant, vous devez la naissance du personnage « Antoine le Pilote » à votre fils Rafaël …

C’est tout à fait vrai. Quand il était petit, j’avais l’habitude de lui lire des histoires. Un beau jour, il m’a demandé de lui dessiner un pilote à qui il arriverait des aventures. Cela m’a travaillé et j’ai fini par créer « Antoine le Pilote » en 2009. Je suis, ensuite, allé voir des éditeurs et j’ai accroché avec le monde de l’édition automobile. Je collabore, d’ailleurs, avec un nouvel éditeur depuis l’année dernière. Gilletta Nice-Matin réalise un travail fantastique. Ce sont de vrais professionnels. On a pu sortir ce treizième album dans les meilleures conditions. Le tirage est épuisé ce qui n’était encore jamais arrivé jusque-là. On attend maintenant le début de cette nouvelle année pour faire un retirage.

Propos recueillis par Andrea Noviello

BD Antoine au Grand Prix de Monaco

Dans ce 13ème opus, « Antoine » affronte Beltoise, Senna et autres Leclerc dans les rues de Monaco.

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1 Commentaire on Yvon Amiel : « Une histoire complètement imaginaire avec des ancrages dans la réalité »

  1. Merveilleux de rêver parmi des faits réels
    Les adultes adorent autant que les enfants
    Bravo Yvon

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