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Interview

Charles Leclerc : « On avance dans la bonne direction »

Charles Leclerc explique les progrès du team par une amélioration globale du package de la Ferrari.
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Rassuré par un début de saison convaincant, Charles Leclerc souligne les progrès d’une Scuderia Ferrari enfin revenue sur le droit chemin, mais reste prudent au moment d’aborder son deuxième Grand Prix de Monaco en rouge. 

En deux ans, son statut au sein de l’écurie la plus titrée de l’histoire de la Formule 1 a profondément changé. D’un débutant aux dents longues mais au pedigree encore vierge au plus haut niveau du sport automobile, Charles Leclerc s’est depuis transformé en double vainqueur de Grand Prix (Belgique et Italie 2019. Ndlr) et en nouveau leader d’une Scuderia Ferrari en pleine phase de reconstruction. Figure de proue d’un projet censé ramener (à moyen terme) le team italien vers le sommet de la hiérarchie, le Monégasque n’a pas ménagé sa peine depuis l’ouverture des hostilités à Bahreïn pour redonner un peu d’éclat à une équipe sérieusement malmenée en 2020. Toujours aussi redoutable dans l’exercice du tour chronométré (hormis Portimao où il dut se contenter d’une huitième place, il a toujours arraché le quatrième chrono des qualifications. Ndlr), le protégé de Nicolas Todt a affiché la même assurance le dimanche de course, glanant quarante précieux points en quatre manches là où il n’avait pu en récolter que trente-trois à la même époque douze mois plus tôt. Impatient de retrouver le circuit qui plus jeune a fait naître en lui la passion de la F1, le solide cinquième du championnat (il ne compte que sept petits points de retard sur le troisième Valtteri Bottas. Ndlr) s’est confié à la presse monégasque le temps d’une visioconférence organisée en marge de l’épreuve la plus renommée du calendrier. Satisfait des progrès effectués par la Scuderia depuis l’an dernier, l’enfant prodige de la Principauté ne crie pas victoire pour autant, conscient de tout le chemin qu’il reste encore à accomplir pour espérer revoir une Ferrari trôner sur la plus haute marche du podium.

En arrivant à Monaco, vous occupez la cinquième place du championnat avec un total de 40 points inscrits. Avant le top départ de Bahreïn, auriez-vous signé pour un tel début de saison ?

Je n’aurais très certainement pas signé pour ça parce que j’espère toujours faire mieux (sourire). Maintenant si on remet les choses en perspective, c’est sans doute le mieux que l’on pouvait espérer cette saison surtout après une année 2020 aussi difficile. On a beaucoup progressé, on travaille bien et on est sur la bonne voie. Cette entame de championnat est clairement positive, mais je n’aurais très probablement pas signé pour une cinquième place. Seule une première place aurait pu m’intéresser. Quand je débute une saison, je crois toujours à la gagne même si je sais qu’elle s’annonce compliquée. Jusqu’ici, on a toujours su maximiser le potentiel de la voiture. C’est d’autant plus important que l’on reste encore un petit peu en-dessous de nos attentes. On a, malheureusement, pris du retard après le championnat 2019 et on essaye maintenant de le combler. C’est un long processus, mais on donne tout pour y parvenir.

Comme le démontre parfaitement vos résultats depuis Sakhir (Bahreïn. Ndlr), Ferrari a sensiblement progressé cette saison. À quoi imputez-vous ce net pas en avant de la SF21 tant en qualification qu’en course ?

Je crois que cela s’explique essentiellement par la façon dont nous avons travaillé tout au long de la saison 2020. On a vraiment bien bossé. La première partie de l’année a été compliquée, car il nous a fallu se fier à l’évidence : on avait fait un pas en arrière par rapport à 2019. Une fois cette vérité acceptée, on a commencé à vraiment bien travailler. Les progrès ont, immédiatement, été tangibles. Maintenant, on peut difficilement s’attendre à des miracles en une seule année d’autant qu’avec les restrictions imposées par la réglementation, on n’a pas pu effectuer tous les changements que l’on aurait aimé faire sur la voiture. On a, malgré tout, bien bossé et on le démontre en piste aujourd’hui. Je vais me répéter, mais l’objectif n’est clairement pas de rester là où nous sommes actuellement. On veut se battre pour des victoires, mais avant d’y parvenir il nous reste encore pas mal de boulot. On avance dans la bonne direction. Pour en revenir à votre question, je ne pense pas qu’un élément de la voiture se soit davantage amélioré qu’un autre. C’est vraiment un package global. Que ce soit en termes de moteur, d’aérodynamique ou de châssis, on a tout simplement fait un pas en avant. Et cela nous permet d’être plus compétitif qu’en 2020.

Qu’est-ce qui sépare encore aujourd’hui la Scuderia d’une écurie comme Mercedes ?

Ils ont très honnêtement plus de puissance et une meilleure voiture en général. Comme je l’évoquais tout à l’heure, l’équipe a conçu une auto assez équilibrée cette année. Contrairement à 2019 où cette différence était nettement plus marquée, la monoplace actuelle n’est pas beaucoup plus forte dans un domaine que dans un autre. Que ce soit le moteur ou l’aérodynamique, tout est relativement homogène. Il va donc falloir que nous réalisions un vrai pas en avant sur le moteur et sur l’aérodynamique pour la saison 2022. Tous les teams sont déjà concentrés sur l’an prochain, car ce changement de réglementation va être super important. Pour cette année en revanche, il est déjà trop tard. Mercedes possède un gros package global. Il faut que l’on bosse aussi bien sur le moteur que sur le châssis pour espérer réussir à revenir à leur niveau. On dispose, évidemment, de plus de détails en interne. On sait sur quel secteur on doit travailler et on concentre tous nos efforts là-dessus pour essayer de rattraper notre retard.

« Si on se réfère à l’an dernier et à la situation dans laquelle on se trouvait, alors bien sûr que ces résultats sont encourageants. Maintenant si on prend une photo plus globale de la Scuderia Ferrari, alors on peut aussi se dire que ce n’est clairement pas là où on veut se battre » 

Lors des quatre premiers Grand Prix de la saison vous avez récolté deux quatrièmes places et deux sixièmes places. N’est-ce pas frustrant de devoir constamment vous contenter de simples accessits ?

Je n’irais pas jusqu’à appeler ça de la frustration. Disons juste que c’est parfois difficile quand on fait tout parfaitement, tant en termes de stratégie que de réglages, mais que la voiture manque de performance pour aller chercher les premières positions. Tout le monde dans l’équipe donne son maximum pour au final ne récolter qu’une quatrième ou une cinquième place. Si on se réfère à l’an dernier et à la situation dans laquelle on se trouvait, alors bien sûr que ces résultats sont encourageants. Maintenant si on prend une photo plus globale de la Scuderia Ferrari, alors on peut aussi se dire que ce n’est clairement pas là où on veut se battre. Certes cette double perception de choses peut paraître bizarre, mais quelque part je me dis qu’il faut surement en passer par là. Cela fait partie du travail de reconstruction du team. J’essaye de me montrer assez objectif quand j’analyse la situation et je dois reconnaître que l’on a réalisé des progrès. On avance dans la bonne direction et c’est ce qui importe le plus pour l’instant. J’espère simplement que l’on pourra très bientôt se battre pour la gagne.

Quand vous dites très bientôt, pensez-vous davantage à 2021 ou plutôt à 2022 et à cet important changement de réglementation qui risque de profondément bouleverser la hiérarchie ?

Il faut déjà se souvenir que l’on est en Formule 1. Quand je dis très bientôt, cela signifie malheureusement 2022 au mieux. Du moins je l’espère. Les voitures vont complètement changer la saison prochaine. Ce sera donc une grande opportunité pour Ferrari de réaliser quelque chose de bien. Ces nouvelles autos resteront plusieurs années donc il sera important d’avoir des bases solides. Les équipes, nous y compris, concentrent une grande partie de leurs efforts sur les monoplaces de 2022 donc il ne faut pas s’attendre à de très grosses améliorations de notre part cette année. Les seules nouveautés à prévoir en matière d’aérodynamique sont les évolutions classiques de low, medium et high downforce pour les différents circuits sur lesquels nous nous rendrons. Rien d’autre. Je n’espère donc pas de miracles en 2021. Je vais juste m’efforcer de maximiser le potentiel de notre voiture.

Dans une interview accordée récemment à nos confrères de RTL, vous déclariez que l’ambiance avait changé chez Ferrari depuis l’arrivée à vos côtés de Carlos Sainz. En quoi la venue de l’Espagnol a-t-elle modifié l’atmosphère au sein de la Scuderia ?

Les choses étaient simplement un peu différentes avec Seb (Vettel. Ndlr). Il avait beaucoup d’expérience et il connaissait très bien le team quand je suis arrivé. En revanche, tout est nouveau pour Carlos. Nous sommes tous les deux très jeunes. Carlos a beaucoup d’enthousiasme et de motivation, car c’est sa première année chez Ferrari. L’équipe n’est, également, pas dans la même situation qu’il y a deux ou trois ans avec Seb. À l’époque, Ferrari sortait d’une bonne période. Ils étaient assez forts et ils parvenaient à se battre pour le titre. Aujourd’hui, le team est plutôt dans une phase de reconstruction. Il y a une grosse motivation en interne pour essayer de revenir au niveau où l’on veut être. L’objectif à terme est bien évidemment de se battre pour le titre. Les améliorations apportées jusque-là nous donnent espoir. Toutes les personnes au sein de l’équipe sont heureuses et ont envie de retourner en piste pour montrer les progrès de la voiture. Je ne crois donc pas que l’on puisse seulement imputer ce changement d’atmosphère à Carlos. La situation s’y prête aussi. La motivation dans le team est simplement plus grande.

« J’adore rouler à la limite de la voiture sans jamais pouvoir aller au-delà, car avec les murs on n’a malheureusement pas le droit à l’erreur ici. J’aime ce challenge et c’est aussi pour ça que j’apprécie autant Monaco » 

Après deux ans d’absence, la Formule 1 retrouve le Grand Prix de Monaco ce week-end. Abordez-vous ce rendez-vous princier avec toujours autant d’excitation ?

Oui, pour la simple et bonne raison que j’ai toujours préféré les circuits en ville. J’adore rouler à la limite de la voiture sans jamais pouvoir aller au-delà, car avec les murs on n’a malheureusement pas le droit à l’erreur ici. J’aime ce challenge et c’est aussi pour ça que j’apprécie autant Monaco. Même si on fait abstraction du fait que je sois Monégasque et que j’ai grandi ici, Monaco resterait tout de même mon tracé préféré. Le ressenti à bord de la voiture quand on roule à ces vitesses-là dans ces rues est juste incroyable ! J’adore Monaco. La préparation de la course ne diffère, en revanche, pas énormément par rapport aux autres manches du calendrier. La semaine du Grand Prix est assez singulière, car ici les premiers essais libres sont programmés le jeudi. On a, ensuite, une journée de repos le vendredi avant de reprendre samedi et dimanche. C’est d’ailleurs la seule de fois de l’année où le week-end se découpe de la sorte. Cette journée de pause du vendredi nous permet d’analyser plus en profondeur les datas avec les ingénieurs, car on bénéficie de davantage de temps que sur un autre Grand Prix. Maintenant, la préparation en amont reste exactement la même avec du simulateur et des rendez-vous avec les ingénieurs pour savoir quelle direction prendre en termes de réglages sur l’auto.

Les conditions météorologiques devraient rester stables en Principauté pendant les trois journées de compétition. Une averse le jour de la course pourrait-elle vous permettre d’aller chercher un podium à domicile ?

Je crois, honnêtement, qu’il sera très difficile de monter sur le podium cette année. La voiture n’est, tout simplement, pas assez compétitive aujourd’hui pour espérer terminer dans le top trois. Les Mercedes et les Red Bull demeurent meilleures que nous. Elles nous sont supérieures depuis l’entame du championnat et il n’y a pas de raison que cela soit différent à Monaco. Maintenant, qu’il pleuve ou au contraire que ce soit sec cela ne change pas grand-chose pour moi. L’objectif restera le même : tirer le meilleur parti de ce que nous avons. Encore une fois le podium sera très compliqué à aller chercher, mais ici on ne sait jamais. Si on réalise une bonne qualification, tout est possible à Monaco. On va donner notre maximum comme à chaque fois et l’on verra bien ce que cela donnera. Dans des conditions normales, je pense toutefois qu’il nous sera difficile de monter sur le podium avec cette voiture.

De par son profil unique, le tracé de Monaco peut-il permettre à un pilote de combler les lacunes de sa monoplace et de décrocher un résultat sans doute inaccessible sur un circuit plus conventionnel ?

C’était peut-être vrai à une époque, mais ça l’est malheureusement moins aujourd’hui. Les différences entre les machines sont tellement conséquentes de nos jours … Tout le monde bénéficie, en outre, d’une préparation optimale avant d’aborder un circuit comme celui-là. Alors bien sûr, un pilote peut toujours aller grapiller deux ou trois dixièmes. Mais de là à combler l’écart qui nous sépare par exemple des Red Bull ou des Mercedes, non ce n’est pas envisageable. Ces deux équipes possèdent deux excellents pilotes il ne faut pas l’oublier. Dans ces conditions, cela devient difficile de faire la différence. Max (Verstappen) et Lewis (Hamilton) roulent dans de meilleures voitures. Maintenant et comme je le disais tout à l’heure on ne sait jamais. En qualification, tout va se jouer sur un tour. Je donnerai tout dans l’espoir de signer un bon résultat. Mais en étant réaliste, ce sera très compliqué pour nous de les challenger si tout se passe bien pour eux.

« Les éloges font évidemment toujours plaisir, mais à la fin seuls les résultats comptent. L’unique chose qui m’intéresse aujourd’hui c’est de ramener Ferrari là où elle mérite d’être : à l’avant du peloton » 

Une tribune entière vous a été dédiée à l’occasion de 78ème Grand Prix de Monaco. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Je suis très content. C’est la première fois que j’aurai une tribune à mon nom. Cela aurait déjà dû être le cas l’an dernier, mais la course avait malheureusement été annulée. Monaco sera le premier Grand Prix de l’année où on aura vraiment un peu de public. À Barcelone, il y en avait très peu. Savoir que je vais rouler à la maison et qu’il y aura en plus un peu de public, c’est vraiment très plaisant. Le tribune Charles Leclerc signifie beaucoup pour moi. Quand j’étais tout petit, je regardais le Grand Prix en espérant un jour devenir pilote de Formule 1. Aujourd’hui je suis non seulement en F1, mais aussi pilote Ferrari. J’ai, en outre, la chance d’avoir une tribune à mon nom et dans laquelle des personnes vont me soutenir. Cela fait maintenant plus d’un an et demi que l’on n’a plus de spectateurs sur les Grand Prix. Alors bien sûr, je suis très chanceux de pouvoir voyager dans le monde entier compte-tenu de la situation sanitaire actuelle. Je fais le métier que j’aime, mais il n’empêche que cela me fera très plaisir de revoir enfin des fans dans les tribunes. Cela nous laisse espérer que la vie normale soit très bientôt de retour.

La Formule 1 a annoncé, il y a de cela un mois, l’arrivée de Miami (Floride. Ndlr) au calendrier de la discipline en 2022. Quelle est votre opinion à ce sujet ? Aimeriez-vous voir réapparaitre un circuit historique en particulier ? L’Afrique du Sud par exemple ?

J’aimerais beaucoup l’Afrique du Sud, même si pour être honnête je ne connais pas du tout le tracé. Je n’y suis jamais allé donc ce serait plus pour aller là-bas et découvrir une nouvelle destination que pour le tracé en lui-même. Miami, je suis vraiment content. J’aime beaucoup les États-Unis, car il y règne toujours une ambiance particulière. C’est vraiment cool d’aller là-bas et j’ai hâte de courir sur ce circuit. Pour ce qui est de votre deuxième question, j’aimerais beaucoup rouler à Macao (Chine. Ndlr) au volant d’une Formule 1. J’y ai couru en F3. Comme je le disais précédemment j’adore les tracés urbains et Macao doit très certainement être l’un des meilleurs circuits sur lesquels j’ai couru de toute ma vie. En F1 ce serait probablement quelque chose d’incroyable.

En juin 2020, Mattia Binotto avait annoncé vouloir faire de vous « le meilleur pilote jamais vu en F1 ». Le team principal de Ferrari vous a-t-il fixé un tableau de marche à suivre pour atteindre, un jour, cet ambitieux objectif ?

La barre est très haute (sourire). Entendre ce genre de propos de la part de son boss fait bien sûr très plaisir. Cela montre que Mattia (Binotto) a confiance en moi. Maintenant, je préfère honnêtement me concentrer sur mon rôle de pilote et sur la route qu’il me reste encore à accomplir. J’ai énormément de travail devant moi. Aussi, j’essaye de ne pas trop attacher d’importance à ces choses-là. Les éloges font évidemment toujours plaisir, mais à la fin seuls les résultats comptent. L’unique chose qui m’intéresse aujourd’hui c’est de ramener Ferrari là où elle mérite d’être : à l’avant du peloton. Se battre de nouveau pour la couronne mondiale serait un challenge incroyable. Il y un an, on n’était pas du tout dans la même position qu’aujourd’hui. On est bien meilleur désormais. Ce serait juste top de pouvoir se rebattre pour les premières places dans les prochaines années. Quand on aura de nouveau la voiture pour jouer le championnat, ce sera ensuite à moi de faire la différence. Je m’évertue déjà à faire le job aujourd’hui bien que l’on se batte pour des positions moins excitantes.

Propos recueillis par Andrea Noviello

Sauf circonstances exceptionnelles, Charles Leclerc ne croit pas en ses chances de podium à domicile.

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